vendredi 18 janvier 2019

Le Dossier 51, de Michel Deville (1978)

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La vie privée d'un diplomate jetée en pâture aux services secrets

On peut affirmer sans trop d'hésitation, une fois refermé ce Dossier 51, qu'il s'agit d'une expérience cinématographique unique en son genre. Même si l'ensemble ne constitue pas une œuvre totalement inédite, car adaptée d'un roman, le travail d'adaptation constitue un exercice de style immersif et passionnant, doublé d'une originalité conséquente. Comme happé par l'intrigue dès les premières minutes, plongé sans ménagement au cœur d'une enquête sur un haut fonctionnaire afin d'en exposer la vie privée pour mieux le manipuler, on suit une entreprise d'espionnage particulièrement minutieuse du début à la fin de la mission. Contraste étonnant : d'un côté, les informations au sujet de l'organisation qui commandite l'opération resteront extrêmement parcellaires, maquillées derrière des noms de code et des alias à profusion, et de l'autre, les opérations en question seront retranscrites au plus près de l'action, à travers les yeux des nombreux espions à l'œuvre via une caméra subjective. Un dispositif très rare au cinéma, qu'une série de documents, photos et autres témoignages, viennent régulièrement ponctuer. Peu à peu, les voix off qui commentent la conduite de l'opération (on peut parfois penser à La Jetée de Chris Marker) dévoilent leurs identités, pour terminer sur la préparation de l'acte final à visages découverts — mais toujours en caméra subjective.

Le procédé peut rebuter, évidemment, dans la lourdeur des mécanismes narratifs développés ici, et les premières minutes seront déterminantes dans l'adhésion au schéma global. Une fois passé un temps d'adaptation introductif où l'on se familiarise avec l'environnement de travail sans cerner tous les tenants et aboutissants, on finit par mener l'enquête de l'intérieur, en adoptant le point de vue de l'horrible entreprise en charge de collecter des informations sur Dominique Auphal, surnommé "51".

Certaines révélations, notamment concernant la sexualité du personnage éponyme, ne font plus aujourd'hui l'effet qu'elles faisaient, sans doute, à la fin des années 70. Le secret s'évente de lui-même un peu avant le climax théorique de l'œuvre. La séquence presque finale d'exploitation de cette faille, à grand renfort de psychologie freudienne orthodoxe parfaitement catégorique, peut faire sourire, en 2018. Mais la violence de l'opération est intacte. Le Dossier 51, de par sa mise en scène si intense et si minutieuse, reste tout à fait prenant et produit tout de même des effets surprenants, comparables à ceux de Conversation secrète ou Blow Out, dans leurs registres bien distincts.

Aussi glaçant que prenant, on se retrouve presque malgré soi embarqué dans une entreprise de démolition méticuleuse qui suscite autant d'émotion que d'effroi. Le ton neutre, sur le thème du pseudo-documentaire, renforce cette dimension-là, et souligne indirectement la cruauté d'une telle machination. Aucune prise de distance n'est permise : on est maintenu au plus près du déroulement des opérations d'espionnage, sans recul possible. Avec quelques notes d'humour disséminées çà et là, principalement liées à la mise en concurrence de plusieurs services d'espionnage, le dossier ainsi constitué, que le spectateur consulte en regardant le film, en quelque sorte, forme un ensemble extrêmement hétéroclite. Au sein de l'entreprise d'exposition de l'intimité de "51", il n'est pas rare de voir à travers les yeux du projectionniste qui change une bobine, ou à travers ceux d'un espion à l'œuvre, en plein crochetage qu'il trouvera gratifiant. Tous ces éléments annexes, presque chaleureux, ne font paradoxalement que renforcer la dimension austère de l'ensemble. Une note originale supplémentaire, sur une partition décidément très singulière.

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Les Premiers Voyageurs Photographes : 1850-1914, de Gilles Fumey et Olivier Loiseaux (2018)

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L'exploration au 19ème siècle par la photographie à ses balbutiements En 1821 était créée en France la Société de Géographie (la plus ancienne aujourd'hui), avec pour objectif la conduite de travaux géographiques divers, parmi lesquels figure notamment l'accompagnement d'expéditions, dans le but de  […]

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jeudi 17 janvier 2019

La Vallée des Merveilles dans le Parc du Mercantour

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Le Parc national du Mercantour est une région qui s’étend sur 68 500 hectares à l'extrême Sud-Est de la France, à la frontière italienne, et dont le point culminant, la Cime du Gélas, s'élève à 3 143 mètres d’altitude au Sud du massif. La diversité naturelle et géologique, très singulière,  […]

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mercredi 16 janvier 2019

Everything Goes Wrong, de Constant Mongrel (2012)

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Post-Punk australien flirtant aux limites avec le Garage, avec un savoir-faire évident en matière d'atmosphères. Il suffit d'écouter le morceau "Felony Fights" et son ambiance poisseuse, sa guitare sale et distordue, son saxophone qui s'intègre à merveille (un peu comme il le faisait chez  […]

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Ga, Ga – Gloire aux héros, de Piotr Szulkin (1986)

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La dystopie polonaise, de "O-bi, O-ba" à "Ga, Ga" Ga, Ga – Gloire aux héros présente un lien direct avec O-bi, O-ba – La Fin de la civilisation, sorti l'année précédente, au sein d'une série de films de science-fiction dystopiques assez peu joviaux réalisés par le polonais Piotr  […]

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mardi 15 janvier 2019

La Fiancée du pirate, de Nelly Kaplan (1969)

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Déflagration anarchiste et libération sexuelle de la femme dans la France pompidolienne Une bien curieuse décharge électrique et anarchiste dans la grisaille de la France pompidolienne : La Fiancée du pirate est une expérience très particulière, principalement parce que Nelly Kaplan entretient un  […]

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lundi 14 janvier 2019

O-bi, O-ba – La Fin de la civilisation, de Piotr Szulkin (1985)

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Emprise soviétique et mirage de l'Occident O-bi, O-ba, à travers la peinture dystopique d'une micro-société sur le déclin suite à une guerre nucléaire, contient une double démonstration tout à fait surprenante. Avec un budget qu'on n'a aucun mal à deviner très limité, produit dans un pays du bloc  […]

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First Friday, de First Friday (1970)

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First Friday est un très agréable mélange de plusieurs sonorités, à la frontière entre Blues Rock et Prog Rock (à des doses suffisamment raisonnables : les solos de guitares ne bouffent pas tout l'espace) avec quelques notes de Psyché et de Jazz par-ci par-là. Le groupe américain originaire d'une  […]

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dimanche 13 janvier 2019

Khroustaliov, ma voiture !, d'Alexeï Guerman (1999)

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Chaos, confusion et cauchemar au cœur du complot des blouses blanches Sans l'ombre d'une hésitation, voilà un grand film de grand malade. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la découverte du monde selon Alexeï Guerman ne s'est pas faite en douceur, dans la joie et la bonne humeur... 2h20 dans  […]

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samedi 12 janvier 2019

Honneur et gloire, de Hynek Bočan (1969)

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Les plaies ouvertes de la guerre de Trente Ans Impossible de ne pas associer le film de Hynek Bočan au beaucoup plus célèbre Marketa Lazarová de František Vláčil, sorti en 1967, tant la proximité thématique est évidente. Même si le budget était vraisemblablement moins conséquent, et même si  […]

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