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Les plaies ouvertes de la guerre de Trente Ans

Impossible de ne pas associer le film de Hynek Bočan au beaucoup plus célèbre Marketa Lazarová de František Vláčil, sorti en 1967, tant la proximité thématique est évidente. Même si le budget était vraisemblablement moins conséquent, et même si plusieurs siècles séparent l'action des deux œuvres tchécoslovaques (13ème siècle pour le premier et 17ème ici), même si le Moyen Âge et la lutte entre christianisme et paganisme sont remplacés par la guerre de Trente Ans et les conflits entre protestantisme et catholicisme, leurs colonnes vertébrales contiennent de nombreux points communs. À commencer par le chaos et la fange.

La guerre de Trente Ans est une série de conflits européens qui dura de 1618 à 1648, initiée par la révolte des sujets tchèques protestants et nourrie par la répression du Saint-Empire catholique (la maison de Habsbourg) qui suivit, désireux d’étendre son hégémonie et de convertir les hérétiques. C'est dans ce contexte particulier, à la frontière historique entre féodalité et absolutisme, que Cest a slava (en VO) met en scène un ancien noble protestant en 1947, Václav Rynda, à la fin de la guerre, triste héritier du sort de son père qui s'était converti au catholicisme pour sauver sa famille. Il a perdu la guerre, il a perdu son honneur et sa fortune, et il est contraint de survivre dans les ruines d'un château, seul vestige d'une vague gloire passée.

Le film vaut le détour pour le portrait qu'il fait de cette révolte qui a échoué, de ce pays dévasté par les conflits et de la pauvreté qui gangrène l'espace. Václav Rynda, en renonçant à sa religion, a gardé la vie sauve mais erre sur ses maigres terres en triste sire, en survivant, en maître d'une poignée de paysans en haillons. C'est une vision incroyablement impitoyable de ce moment historique, qui est présenté en introduction de la plus implacable des manières, avec des corps suspendus au-dessus d'un bûcher et des croix en feu. La laideur de ces temps est à l'état pur, brute et brutale. On retrouve d'ailleurs le même habillage sonore que Marketa Lazarová (à défaut d'en retrouver la photographie extraordinaire, même si Honneur et gloire se défend assez bien à ce niveau-là), fait de chants folkloriques glaçants et de musiques doucement angoissantes.

L'essentiel du film est constitué de plans fixes, souvent en intérieur, dans une narration beaucoup plus traditionnelle (et sans doute plus explicite). La venue d'un couple de nobles étrangers sur les terres de Václav Rynda perturbera l'équilibre apparent de sa demeure, rouvrant d'anciennes plaies et suscitant des questionnements qu'on pensait à jamais enterrés.

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