Le créneau choisi par Femme et la contribution apportée apparaissent tous les deux très intéressants, au sens où la thématique du revenge movie est très classique en soi tout en y associant une observation assez fine des mécanismes, tandis que la façon d'élaborer une relation entre les deux protagonistes Jules et Preston préserve une grande part d'originalité et de pertinence. Et en premier lieu, il conviendrait de saluer les performances de Nathan Stewart-Jarrett et de George MacKay, que ce soit en termes d'interprétations individuelles ou de composition à deux : j'ai trouvé leurs interactions passionnantes, captivantes, subtiles, et en ce sens particulièrement prenantes.
Dans les 5 premières minutes le cadre est déjà posé, avec d'un côté le personnage de la drag queen et de l'autre celui de son agresseur — il suffit de rien en matière de mise en scène pour suggérer énormément de choses dans cette courte introduction, le triste effet grégaire qui conduit le second à tabasser le premier alors qu'il avait manifesté une attirance évidente lorsqu'il était seul. Et tout le film se passera du point de vue de la victime, le long d'un parcours lui aussi assez bien ficelé, entre (un peu) reconstruction et (beaucoup) planification d'une vengeance. Très bon équilibre trouvé ici, entre les passages classiques du genre sur le thème de la victime se transformant potentiellement en bourreau et vice-versa, laissant une bonne part à l'incertitude et à la suggestion. La transition entre les deux actes est un peu rapide, et donc abrupte à mes yeux, mais ne nuit pas au fond du propos. Le portrait qui en résulte est vraiment saisissant.
J'ai été un peu moins convaincu par la résolution, avec cette conclusion sous forme de catharsis sur scène suivie d'une baston. Pas hyper fan de ce message "la réparation peut aussi passer par l'expression artistique", du moins dans la façon de le mettre en scène, même s'il reste original encore une fois. Le scénario est de temps en temps peu crédible, comme notamment au domicile de MacKay (où certaines thématiques sulfureuses passent / sont éludées un peu trop facilement), mais ce n'est pas tant problématique. Le plus intéressant se situe du côté des deux dynamiques psychologiques : décisions inconsidérées pour l'un, avec l'incertitude concernant ce qu'il recherche, entre fantasme malsain et sentiments vrais naissants, et pour l'autre portrait d'un refoulement inhabituel, avec atténuation du côté mâle alpha à mesure que la relation s'apaise. Le regard porté sur l'empathie fragile et chaotique, d'un côté comme de l'autre, brille par sa justesse. Dans le fond, j'en viendrais presque à considérer Femme comme la chronique de deux romances ratées, partageant autant de plaisir que de souffrance.




Dernières interactions
Salut Nicolas ! Oh excellent, merci pour ce retour. (Pas mal l'anecdote…
22/09/2026, 15:20
Oh, je viens de réaliser qu'il y a un lien entre Clown Core et Knower ! (Louis…
22/09/2026, 14:45
Salut Renaud ! Enfin vu un des Masumura que tu citais : L'ange rouge. Pas le…
22/09/2026, 11:50
La dernière partie du film recèle des twists non remboursés par la sécu, surtout…
09/09/2026, 06:47
Ah non, aucun risque ! Grâce à ma mémoire externe, impossible de confondre héhé.…
08/09/2026, 10:29
Ce que je me vois bien reprocher au cinéma asiatique d'épouvante, si j'étais un…
08/09/2026, 07:25