jeudi 29 octobre 2026

Quand souffle le vent (When the Wind Blows), de Jimmy T. Murakami (1986)

quand_souffle_le_vent.jpg, 2026/09/23
Protect and Survive

À ranger dans la même catégorie du cinéma britannique qui s'intéresse à l'angoisse d'une explosion nucléaire (et ses conséquences, en détails) sur le territoire anglais, en cette douce période de guerre froide, non loin des films marquants comme Threads (1984) de Mick Jackson et La Bombe (1966) de Peter Watkins. Le long-métrage d'animation de Jimmy T. Murakami aborde grosso modo le même cadre géopolitique mais sous la forme d'une uchronie un peu différente puisque le référentiel, qui restera le même durant tout le film, se focalisera exclusivement sur un couple de retraités, Jim et Hilda, et sur les activités à l'intérieur de leur maison.

Même si l'affiche peut avoir introduit un petit spoiler quant au contenu avec son symbole de la radioactivité, l'action se déroule en trois temps principaux : l'observation de la petite routine quotidienne des deux personnes âgées, puis l'annonce du conflit imminent avec bombe nucléaire, et enfin les conséquences de l'explosion atomique avec hiver nucléaire et lent déclin. La première partie serait presque notable pour la légèreté et le détachement de sa tonalité, avec seulement quelques pointes d'inquiétude lorsque la réalité d'une guerre possible surgit à travers la radio, le journal ou la télévision. Mais en fait il s'agit avant tout d'imposer une certaine routine dans les rapports entre les deux personnages, qui se poursuivra dans la seconde partie, créant ainsi un contraste très particulier : une explosion nucléaire a ravagé les environs, mais le couple continue avec son petit train-train exactement comme avant, comme lorsque Jim démontait deux portes pour en faire un abri "afin de suivre les recommandations gouvernementales" (phrase qu'il répétera jusqu'à la nausée) et lorsque Hilda s'affairait aux quatre coins de la maison.

Tout le jeu de When the Wind Blows est contenu ici : chroniquer une survie à une attaque nucléaire tout en maintenant une illusion de normalité alors que l'environnement est dévasté. L'idée de départ est bonne, mais peut-être qu'elle est un peu trop matraquée pendant la totalité de la durée, sur le thème de la mamie qui s'inquiète, du papy qui la rassure avec sa confiance aveugle en l'avenir, et du spectateur qui sait bien mieux qu'eux ce qui est en train d'advenir.

Parmi les singularités du projet, on peut noter la bande son (composée entre autres par David Bowie et Roger Waters), l'insertion ponctuelle de prises de vues réelles (comme une couette recouvrant le duo ou encore des débris constituant le décor), ou encore cette tonalité particulièrement et tragiquement ironique autour de l'optimisme chevillé au corps du protagoniste qui suit inlassablement son programme de prévention gouvernementale "Protect and Survive". Le rituel du quotidien que les personnages semblent s'imposer envers et contre tous s'observe ainsi au travers d'une variation lente mais inexorable, de telle sorte qu'on guette les petites inflexions qui s'invitent les unes après les autres pour survivre dans cet environnement changeant. La répétition du même schéma "découverte d'une conséquence -> mamie a peur -> papy la rassure" finit quand même par lasser un peu, avec sa surenchère dans le déni empreint de naïveté, mais la dimension macabre de cette lente agonie ne peut pas laisser indifférent.

img1.jpg, 2026/09/23 img2.jpg, 2026/09/23 img3.jpg, 2026/09/23 img4.jpg, 2026/09/23 img5.jpg, 2026/09/23 img6.jpg, 2026/09/23

lundi 26 octobre 2026

Les Scarifiés, de Wabinlé Nabié (2023)

scarifies.jpg, 2026/09/23

Des stigmates et des significations diverses La démarche de Wabinlé Nabié m'a beaucoup touché, par la sensibilité et la discrétion de son approche, de retour sur sa terre natale de Fafo au Burkina Faso pour questionner la pratique culturelle de la scarification. L'acteur (et ici réalisateur)  […]

Lire la suite

lundi 12 octobre 2026

American Dream, de Barbara Kopple, Cathy Caplan, Thomas Haneke, et Lawrence Silk (1990)

american_dream.jpg, 2026/08/19

Désaccords sur des modes d'action Barbara Kopple est principalement connue pour sa chronique des 13 mois de grève des mineurs de Brookside dans le comté éponyme de Harlan au Kentucky (Harlan County U.S.A., 1976), mais elle est également autrice d'un documentaire relativement semblable, sorti 14 ans  […]

Lire la suite

jeudi 08 octobre 2026

Femme, de Sam H. Freeman et Ng Choon Ping (2023)

femme.jpg, 2026/08/19

"I just feel sorry for you." Le créneau choisi par Femme et la contribution apportée apparaissent tous les deux très intéressants, au sens où la thématique du revenge movie est très classique en soi tout en y associant une observation assez fine des mécanismes, tandis que la façon  […]

Lire la suite

mercredi 30 septembre 2026

Manuel de management décomplexé, de Anthony Galluzzo (2026)

manuel_de_management_decomplexe.jpg, 2026/01/18

Revue de techniques de management (et de leurs contournements) Le dernier ouvrage d'Anthony Galluzzo m'a donné un peu plus de fil à retordre que les deux précédents, probablement en lien avec le côté catalogue thématique revendiqué par le format de manuel, adoptant la perspective cynique d'un  […]

Lire la suite

lundi 28 septembre 2026

Withnail et moi (Whitnail and I), de Bruce Robinson (1987)

withnail_et_moi.jpg, 2026/08/19

"I feel like a pig shat in my head." Film culte au Royaume-Uni mais relativement inconnu partout ailleurs, Withnail & I appartient à cette catégorie de comédies qui manient un humour noir donc la culture britannique a le secret, un mélange touchant d'acidité extrême et de désespoir  […]

Lire la suite

vendredi 25 septembre 2026

L'Échiquier du vent (شطرنج باد, Shatranj-e baad), de Mohammad Reza Aslani (1976)

echiquier_du_vent.jpg, 2026/08/19

Contes cruels de la bourgeoisie iranienne pré-révolutionnaire L'histoire du film, de sa censure au milieu des années 1970 à sa redécouverte improbable au milieu des années 2010, est presque aussi passionnante que l'intrigue de la fiction elle-même : avec ses thématiques chargées en violence,  […]

Lire la suite

lundi 21 septembre 2026

La Vengeance des 47 rōnin (元禄 忠臣蔵, Genroku chūshingura), de Kenji Mizoguchi (1941)

vengeance_des_47_ronin.jpg, 2026/08/19

La voie du bon samouraï Peut-on faire plus long et austère qu'un chanbara en noir et blanc de 3h40, essentiellement composé de plans longs et fixes, sans qu'aucun coup de sabre ne soit montré, et presque entièrement dédié à la réflexion sur la frontière parfois très mince qui sépare la préservation  […]

Lire la suite

- page 1 de 202

Haut de page