jeudi 19 juillet 2018

Le Plaisir, de Max Ophüls (1952)

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La joie et l'ennui, de l'enivrement à l'épuisement

Je suis en général réticent à l'idée de qualifier une œuvre que j'apprécie de virtuose car je l’interprète souvent de manière péjorative, comme un synonyme d'esbroufe, mais c'est le premier terme qui vient à l'esprit, au sens littéral, quand il s'agit de caractériser la technique mise en œuvre par Max Ophüls dans Le Plaisir. La forme est vectrice d'un sens sidérant de richesse, dans une profusion de cohérence et d'habileté.

Du premier au dernier plan, c'est comme si la caméra ne s'arrêtait jamais de bouger, de suivre le flot incessant de l'action, au sommet d'une vague qui ne s'éteint pas. Un mouvement frénétique, permanent. La thématique du plaisir est à ce titre davantage appuyée par la forme que développée dans le fond, et l'effet ainsi produit est d'une étonnante efficacité. Le regroupement de trois histoires de Maupassant est un prétexte pour explorer la thématique du bonheur et du plaisir sous trois facettes différentes, dans trois de ses résonances bien distinctes.

On peut d'ores et déjà identifier quelques régions susceptibles de rebuter. Le côté un peu moralisateur ou donneur de leçon sur le thème "le bonheur est un état difficile d'accès, alors que les plaisirs peuvent être trouvés partout et tout le temps", résumé en toute fin par un personnage : "le bonheur n'est pas gai". C'est un peu scolaire d'un point de vue contemporain (ce fut même le thème d'une année en Maths sup) pour développer un discours raffiné, du moins autant que l'est la direction artistique. La construction en trois temps, par ailleurs, est bien gérée mais s'essouffle quelque peu dans son dernier acte, et c'est un dénouement un peu fâcheux. Cette dernière histoire est un peu faible comparée aux deux autres et gâche la dynamique des deux premiers tiers.

Mais le reste est particulièrement brillant. J'aime beaucoup l'image du vieillard que l'on découvre sous son masque, après avoir goûté l'ivresse de la danse et de la jeunesse de manière anonyme. Une image magnifique, dans sa joie virevoltante comme dans sa chute. L'immixtion à la campagne d'une troupe peuplant une maison close pour assister à une communion est aussi d'une beauté folle, toute en contrastes, portée notamment par le mirage féminin auquel se trouve confronté le personnage de Jean Gabin, et duquel il sortira abasourdi. Le moment où il s'excuse pour sa conduite passée, un peu honteux, dans un champ fleuri, est magnifique. Et sur un autre registre, la fermeture de la maison close (hahaha) est une comédie délicieuse, avec toute la bourgeoisie bien emmerdée, regroupée paisiblement sur un banc pendant quelques instants avant de s'étriper, visiblement très agacée par cet événement.

La recherche du plaisir comme un éternel mouvement, dans les fêtes, les danses, et ces salles grouillantes captées dans des cadrages obliques magiques et avec des lumières étincelantes (quelles optiques pour un tel rendu, faisant de chaque source de lumière une étoile scintillante ?). Et c'est dans la continuité du même mouvement que la joie et l'enivrement laissent place à l'ennui et l'épuisement.

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lundi 09 juillet 2018

La Route sauvage, d'Andrew Haigh (2018)

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"It's no way to live." La pudeur avec laquelle ce récit d'apprentissage décrit les pérégrinations d'un jeune adolescent paumé des contrées rurales des États-Unis est un de ses principaux (et précieux) atouts. La Route sauvage emprunte des sentiers particulièrement balisés dans son  […]

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vendredi 06 juillet 2018

Échos d'un sombre empire, de Werner Herzog (1990)

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La dictature d'opérette, un carnaval sanglant En 1990, Jean-Bedel Bokassa vient d'être condamné à la peine de mort, avant que cette peine ne soit commuée en prison à vie puis en 10 ans de réclusion, pour finalement être amnistié en 1993. Mais trois ans seulement après la fin de son procès qui se  […]

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jeudi 05 juillet 2018

Le Grand Chantage, d'Alexander Mackendrick (1957)

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"He's got the scruples of a guinea pig and the morals of a gangster." Pour son premier film américain, loin des délires écossais délicieusement alcoolisés de Whisky à gogo ! (Whisky Galore, 1949) et loin de la définition de l'aventure à venir dans Un Cyclone à la Jamaïque (A High Wind in  […]

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mercredi 04 juillet 2018

The Rider, de Chloé Zhao (2018)

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Défiance obsessionnelle Le parallèle est un peu hasardeux mais je garde le souvenir d'une séance étrange, l'impression d'occuper une position semblable aux chevaux sauvages que le protagoniste tente de dresser avec soin et minutie. À reculons, qui plus est, avec des réserves alimentées par le  […]

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mardi 03 juillet 2018

La Fille aux allumettes, d'Aki Kaurismäki (1990)

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Violence anémique Regarder (et surtout apprécier) un film comme La Fille aux allumettes donne un aperçu des raisons pour lesquelles on peut ne pas accrocher à l'immense majorité des comédies contemporaines. On pourrait avoir du mal à classer ce film dans la catégorie "comédie", d'ailleurs,  […]

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mercredi 20 juin 2018

Gasherbrum, la montagne lumineuse, de Werner Herzog (1985)

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Le cinéaste et l'alpiniste Dix ans après La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner, Herzog revient sur une thématique très fortement symbolique, comme une multitude de ponts suspendus entre le monde de la performance sportive et l'univers du cinéaste. Cette image de l'exploit en haute montagne  […]

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dimanche 17 juin 2018

Amadeus, de Miloš Forman (1984)

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La découverte horrifiée du génie Le grain de folie caractéristique du cinéma de Miloš Forman peut suffire à réconcilier avec un genre, celui du biopic, qui ne figure pas en règle générale dans la catégorie des mouvements les plus novateurs. On est d'ailleurs très loin du mètre étalon des productions  […]

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mardi 12 juin 2018

Une Jeunesse allemande, de Jean-Gabriel Périot (2015)

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Une histoire de privation de parole Le parti pris qu'adopte Jean-Gabriel Périot dans sa retranscription de l'histoire de la RAF (Fraction armée rouge) produit deux effets bien distincts et potentiellement constructifs : c'est une expérience à la fois déroutante dans son accumulation conséquente de  […]

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lundi 04 juin 2018

Les Sorcières de Salem, de Raymond Rouleau (1957)

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"L'ennemi est chez nous et dans nos propres foyers." Les Sorcières de Salem est un objet étonnamment peu connu du cinéma français, une pépite non pas incontournable ou transcendante, mais un de ces films à l'originalité notable qui était resté relativement confidentiel. Il prenait  […]

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