vendredi 13 décembre 2019

Cutterhead, de Rasmus Kloster Bro (2019)

cutterhead.jpg, déc. 2019
Asphyxie sous l'Europe

Rie est une journaliste danoise envoyée sur le chantier du métro de Copenhague, pour faire le portrait des hommes qui travaillent au niveau d'une tête de forage — le "cutterhead" du titre, à l'origine d'une très belle image en introduction, imposante, presque intimidante, en plan fixe. Dans les premières minutes du film, on la suit dans un dédale de métal et de béton, tandis qu'elle pénètre via un ascenseur au cœur du chantier situé à des dizaines de mètres sous terre. Elle pose quelques questions bateau à des ouvriers qui ne parlent ni anglais ni danois, se contentant de répondre "yes" à ce qui servira de base à un article rédigé d'avance dans ses grandes lignes, censé célébrer la synergie européenne. Deux ou trois petits incidents plus tard, elle se retrouvera coincée dans un sas de décompression avec Ivo et Bharan, deux ouvriers croate et érythréen.

Les ennuis ne font que commencer.

Le travail de Rasmus Kloster Bro (un réalisateur danois inconnu au bataillon) sur l'immersion, spatiale et sensorielle, est remarquable. Assez vite, une ambiance légèrement inconfortable s'installe, alimentée par une pression claustrophobique (qui n'en finira pas de croître) et par le travail assez peu sérieux de la journaliste. En termes d'environnement sonore, avec tous ces bruits métalliques et ces sons de compression / décompression, et d'environnement visuel, avec une succession de lumières artificielles et de cavités exiguës mal éclairées, la descente dans ces lieux hostiles composés de tuyaux fumants et de portes blindées est très éprouvante. Très vite, on se retrouve dans une situation de survival où trois personnes doivent survivre après que la situation a dégénérée.

Des antagonismes plutôt surprenants, latents, à peine perceptibles durant la première partie, feront surface. À mesure que le sentiment de claustrophobie s'intensifie, une dimension d'horreur sociale s'installe sans qu'on ne l'ait vue venir. La métaphore politique ne brille pas par la finesse de ses archétypes, aussi pertinente soit-elle, mais elle contient une part d'originalité (dans l'effet de surprise qu'elle produit) assez intéressante, en jouant sur des rapports de domination aussi pervers qu'insoupçonnés. Les deux aspects, survival perturbant pour qui nourrit un minimum la fibre de la claustrophobie et critique sociale de l'Europe avec les cols blancs d'un côté ("I'm allowed to go anywhere I like", comme elle le répètera) et les blue collars de l'autre (embourbés dans leurs problèmes familiaux et financiers), se mêlent de manière adroite. Tout conduit vers un final partagé entre l'agonie et l'apocalypse dont on ressort le souffle coupé.

caisson.jpg, déc. 2019

jeudi 12 décembre 2019

Dans la ville blanche, de Alain Tanner (1982)

dans_la_ville_blanche.jpg, déc. 2019

Un marin échoué à Lisbonne Dans la ville blanche, comme une variation vaporeuse sur le thème de l'errance, comme un écho diffus d'autres films. Du personnage de Bruno Ganz déambulant dans les rues de Lisbonne, aidé par son état aphasique, son déphasage et son isolement, on erre vers d'autres  […]

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mardi 10 décembre 2019

Jeux d'espions, de Ronald Neame (1980)

jeux_d-espions.jpg, déc. 2019

"You seem like a nice man. You remind me of my father. — That's always been my problem." Il suffit de mettre Walter Matthau en tête de cortège pour rendre n'importe quel film évoluant dans n'importe quel registre parfaitement sympathique. Même lorsque le sérieux est de mise, comme chez  […]

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samedi 07 décembre 2019

J'ai vécu l'enfer de Corée, de Samuel Fuller (1951)

j-ai_vecu_l-enfer_de_coree.jpg, déc. 2019

"I just don't understand you. You can't eat with them unless there's a war." La guerre de Corée vue par Samuel Fuller, à travers ce film produit en plein milieu du conflit qui s'étala de 1950 à 1953, constitue un diptyque intéressant avec la version que délivrera Anthony Mann quelques  […]

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vendredi 29 novembre 2019

Désir meurtrier, de Shōhei Imamura (1964)

desir_meurtrier.jpg, nov. 2019

Émancipation par l'humiliation Première incursion chez Imamura, et on peut dire que Désir meurtrier laissera des marques indélébiles. Pendant un moment, on peut faire le rapprochement entre le personnage de Sadako et celui interprété par Ayako Wakao dans La Femme de Seisaku (sorti un an plus tard  […]

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mardi 26 novembre 2019

Welcome to Sodom, de Christian Krönes et Florian Weigensamer (2018)

welcome_to_sodom.jpg, nov. 2019

"The universe couldn’t care less about us." We are the best recyclers. [...] For them it is just waste, but I can still squeeze some money out of it. [...] One day they will send it back to us. Sodome, c'est le surnom donné à une immense décharge de matériel informatique située dans la  […]

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lundi 25 novembre 2019

Folies de femmes, de Erich von Stroheim (1922)

folies_de_femmes.jpg, nov. 2019

Miroirs aux alouettes de l'aristocratie Quelle surprise de découvrir un Erich von Stroheim aussi impétueux devant et derrière la caméra, dans une telle satire sociale de la mondanité monégasque, après (mais avant, chronologiquement) son interprétation toute en rigidité — physique et morale — du  […]

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mardi 19 novembre 2019

Cœur cousu, de Carole Martinez (2007)


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lundi 18 novembre 2019

La Fille de Ryan, de David Lean (1970)

fille_de_ryan.jpg, nov. 2019

Anachronismes près de la foule déchaînée En l'an de grâce 1970 comme en 2019, l'anachronisme constitutif d'un film comme La Fille de Ryan pourrait constituer un obstacle majeur sur le chemin de l'appréciation — qualitative, j'entends : l'échec critique qu'il rencontra, et qui mit David Lean au ban  […]

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dimanche 17 novembre 2019

Les Poings dans les poches, de Marco Bellocchio (1965)

poings_dans_les_poches.jpg, nov. 2019

Sandro et ses frères (et sa sœur) Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot soudain devenait idéal ; J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! Arthur Rimbaud avait seulement 16 ans quand il écrit "Ma  […]

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