jeudi 20 février 2020

Sept jours en mai, de John Frankenheimer (1964)

sept_jours_en_mai.webp, fév. 2020
"I'll make you two promises: a very good steak, medium rare, and the truth, which is very rare."

Le dispositif relativement minimaliste de Sept jours en mai qui joue la carte de la succession de huis-clos anxiogènes dans un contexte militaire tendu convoque quelques figures tutélaires du genre, somme toute assez intimidantes, comme Point Limite / "Fail-Safe" chez Lumet ou Docteur Folamour chez Kubrick. Ces deux références, dans des styles sensiblement différents, sont toutes deux sorties la même année que cette deuxième incursion de la part de John Frankenheimer du côté de l'anticipation politique, deux ans après Un crime dans la tête. Ce cru 1964 est intéressant à plus d'un titre, du point de vue de ce que le film parvient à développer en matière de tension à caractère paranoïaque mais également par rapport à ce qu'il raconte, indirectement, du contexte relatif à l'époque de sa production. Le climat de guerre froide aux États-Unis, avec tout ce que cela suppose en matière de maccarthysme, de complot à déjouer et de danger nucléaire, donnait visiblement beaucoup de carburant à la production cinématographique du milieu des années 60.

Si l'on met de côté la figure du président reclus dans la Maison-Blanche, le film tient essentiellement sur l'opposition morale de deux militaires : Burt Lancaster et Kirk Douglas. Deux monstres qui bouffent l'écran sans trop forcer, et deux conceptions antagoniques très tranchées de la chose militaire, par-delà leurs points communs non-négligeables (aucun des deux, dans le fond, n'apprécie la position pacifiste du président face à la menace rouge) : il y a celui qui emploiera tous les moyens, légaux ou non, pour arriver aux fins qu'il juge nécessaires, et il y a celui qui ne peut raisonner autrement qu'en les circonscrivant au cadre institutionnel imposé par la démocratie. On a droit à ce titre à des couches et des couches de déclarations et autres monologues ayant trait à la grandeur de la pratique démocratique sur le continent américain, des valeurs saintes et supérieures qu'il faut à tout prix protéger, à tel point que certains discours du président flirtent dangereusement avec la caricature. Ce crescendo moral se fait de plus en plus pesant, et la manœuvre peut s'avérer déroutante car le final, au terme d'un ultime sermon, tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe.

Pour le reste, cette politique-fiction (qui place l'action 15 ans après sa sortie seulement) donne un aperçu intéressant de l'atmosphère qui devait alors régner, contaminée par l'insécurité paranoïaque ressentie vis-à-vis de la menace communiste et gangrénée par des dissensions sur les excursions guerrières (au Vietnam, par exemple). L'essentiel du message est communiqué deux heures durant à travers des discours dans des bureaux, si l'on omet la petite séquence de 3 minutes labellisée "action / aventure" à bord d'un mini buggy-tank dans les dunes de sable près d'une base militaire secrète. Certains symboles et artéfacts scénaristiques paraissent tout de même bien grossiers vus d'aujourd'hui, avec notamment cette boîte à cigarettes contenant la lettre d'aveux tant convoitée que l'on retrouvera à un moment trop opportun, au milieu de la carlingue en miettes d'un avion écrasé. Mais la sécheresse du ton et la tension du conflit dominent largement tous ces petits obstacles.

kirk_burt.jpg, fév. 2020

mardi 18 février 2020

Les Chemins de la haute ville, de Jack Clayton (1959)

chemins_de_la_haute_ville.jpg, fév. 2020

"Darling, you're crying! I believe you really are sentimental after all." De ce côté-ci de l'Atlantique, on ne peut pas dire qu'une censure similaire au code Hays américain s'appliquait sur la production cinématographique britannique à la fin des années 50... Pour son premier film, le  […]

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jeudi 13 février 2020

Pontypool, de Bruce McDonald (2009)

pontypool.jpg

Contamination inconnue Les bonnes surprises en matière de films d'horreur ne sont pas vraiment fréquentes, si l'on pense à la pléthore de bonnes idées mal exploitées, aux petites pépites méconnues survendues, aux grands filons rentabilisés jusqu'à la moelle, ou tout simplement aux différences de  […]

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jeudi 23 janvier 2020

La Roue, de Abel Gance (1923)

roue.jpg, janv. 2020

De l'acier aux glaciers Abel Gance, toutes considérations chronologiques mises de côté, pourrait constituer avec son impressionnante fresque de 7 heures La Roue une sorte de chaînon manquant, un trait d'union entre le cinéma soviétique des années 20 et 30 (pour toute sa puissance expérimentale et  […]

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dimanche 19 janvier 2020

In Search of Darkness, de David A. Weiner (2019)

search_of_darkness.jpg, janv. 2020

"What can we make?" In Search of Darkness est un voyage de 4h30 à la (re)découverte de la décennie des 80s, à travers le prisme de ses films d'horreur. Un documentaire qui regorge de plaisir et de pépites, un film-fleuve qui transpire l'amour pour le gore et pour les excès en tous genres.  […]

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lundi 13 janvier 2020

Débris de l’empire, de Friedrich Ermler (1929)

debris_de_l-empire.jpg, janv. 2020

Par-delà l'amnésie, la reconstruction dans la douleur et le chaos Il faudra attendre la toute fin de Débris de l'empire, lorsque le soldat Filimonov aura totalement achevé son long voyage à la recherche de sa mémoire, pour trouver la signification explicitée de la phrase-titre — formulée de manière  […]

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jeudi 09 janvier 2020

Gardiens de phare, de Jean Grémillon (1929)

gardiens_de_phare.jpg, janv. 2020

Amertume bigoudène Un bout de pellicule retrouvé 25 ans après sa sortie quelque part au Danemark, et voilà ressuscité le film de Grémillon. L'état est proche de la catastrophe tant la qualité s'apparente plus au daguerréotype poussiéreux qu'autre chose, mais assez bizarrement ce grain très épais et  […]

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mardi 07 janvier 2020

L'Expédition du Kon-Tiki, de Thor Heyerdahl (1948)

expedition_du_kon-tiki.jpg, janv. 2020

Cent jours sur un radeau pour traverser le Pacifique Le récit de l'expédition du Kon-Tiki écrit par Thor Heyerdahl en 1948, d'après les notes de son journal de bord, est un excellent complément au pendant cinématographique (lire le billet) qui sortit 2 ans plus tard, sous le même nom. Les images de  […]

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vendredi 03 janvier 2020

Les lacs des Camporells (sous la neige)

trace_v2.png, janv. 2020

Petite balade en raquettes d'environ 20 kilomètres aller / retour sur deux jours, pour 1000 mètres de dénivelé cumulé positif (+800 et -200 le premier jour, +200 et -800 le deuxième), à la frontière entre les Pyrénées orientales et l'Ariège. Situés presque à mi-chemin entre le Capcir et la vallée  […]

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jeudi 02 janvier 2020

L'Argent des autres, de Christian de Chalonge (1978)

argent_des_autres.jpg, janv. 2020

Kerviel avant l’heure Dans le registre des films politiques qui dévoilent progressivement l'étendue d'un complot ou d'une machination, L'Argent des autres trouve une place de choix. Pourtant, rien de fondamental si l'on se base sur le contenu, sur le papier : c'est l'histoire d'un employé haut  […]

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