jeudi 21 février 2019

Le Village du péché, de Olga Preobrazhenskaya et Ivan Pravov (1927)

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Féminisme champêtre et soviétique

On peut regretter que Le Village du péché (un titre un peu lourd de sens pour un film qui n'était pas présenté de la sorte dans sa version originale, "Les Femmes de Riazan") n'ait pas extrêmement bien vieilli du point de vue de son ossature scénaristique. Dans les grandes lignes, il s'agit d'un mélodrame très classique dans le registre de la tragédie familiale issue du cinéma muet, qui ne surprendra jamais vraiment dans cette direction-là et qui n'empruntera aucun chemin de traverse pour filer droit vers son apogée tragique. Un mariage quelque peu imposé vient bousculer l'équilibre d'une famille paysanne russe et à la faveur de la Première Guerre mondiale, les hommes en âge de se battre étant partis au front, un drame familial enflera jusqu'à exploser au retour du mari. Le schéma est plutôt linéaire et une fois qu'il est vraiment amorcé, à mi-parcours, on voit très vite où le film veut nous emmener.

Heureusement, quelques traits singuliers viennent embellir de manière sporadique ce tableau un peu figé, focalisé sur le destin tragique d'une jeune paysanne. À commencer par la description du quotidien rural dans ce village russe, Riazan : la lessive de printemps, parfois étalée directement dans l'herbe au bord d'une rivière, le mariage et toute la cérémonie religieuse qui l'entoure, ainsi que le moissonnage des champs de blé à la faux. Ce dernier point est rendu de manière vraiment admirable, en plan large légèrement en hauteur, d'où on voit le blé onduler sous l'effet du vent et des faux, capturé dans une sorte de sépia terne (il existe cependant de nombreuses versions différentes du film) qui confère à cette séquence une force toute particulière. On n'est pas dans le registre du documentaire ni de l'ethnographie, mais le soin apporté à ces gestes-là s'en approcherait presque.

C'est toute la première partie, d'ailleurs, qui baigne dans une ambiance joyeuse, illustrant le bonheur de la vie à la campagne. Le déclenchement de la guerre de 14-18 viendra très abruptement mettre un terme à cette insouciance relative. Le film s'enfonce alors encore un peu plus dans le drame, avec les vues du père sur sa belle-fille et les conséquences tragiques, chargées en pathos — bien que traitées avec un sens aigu de l'ellipse. Le fait qu'aucun jugement moral implicite ne soit formulé à l'encontre de la jeune femme (évidemment, c'est elle qui portera tout le tort des abus de son beau-père aux yeux des villageois), au contraire, pousse certains à le qualifier de "premier film féministe soviétique", dénué de tout message propagandiste.

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mercredi 20 février 2019

L'Expédition du Kon-Tiki, de Thor Heyerdahl (1950)

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Théorie. Hypothèse. Expérimentation. Démonstration : traverser l'océan Pacifique sur un radeau. Le Kon-Tiki de 2012, un sympathique film norvégien aux allures de biopic hollywoodien, même s'il n'arborait pas les tares, raccourcis et autres facilités du genre, ne permettait en rien de saisir la  […]

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lundi 18 février 2019

La Reine des cartes, de Thorold Dickinson (1949)

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Pacte faustien au Faro Il flotte sur The Queen of Spades un parfum fantastique singulier, dans lequel se loge un mystère légèrement angoissant, annonciateur en ce sens de l'ambiance si particulière que Jack Clayton parviendra à tisser douze ans plus tard, en 1961, dans Les Innocents. L'histoire  […]

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vendredi 08 février 2019

Moonwalk One, de Theo Kamecke (1972)

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Histoire ésotérique, histoire matérialiste Moonwalk One, un film à ranger dans le tiroir sans fond des œuvres bicéphales. D'un côté, toute une liturgie mystico-philosophique absconse sur le thème de l'exploration spatiale, avec son lot d'interrogations très emphatiques plus ou moins bien formulées,  […]

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mercredi 06 février 2019

Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack (1972)

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"He said good-bye to whatever life was down there below." L'histoire vraie de John Johnson (aussi connu sous les jolis noms de Johnson le mangeur-de-foie ou le tueur de Corbeaux), un trappeur américain qui choisit de vivre une grande partie de sa vie dans des montagnes enneigées peu  […]

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mardi 05 février 2019

Mandingo, de Richard Fleischer (1975)

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"I'd rather die than be a slave. After you hang me, kiss my ass!" Voilà un bien joli pavé dans la marre, dissimulé derrière une affiche à la Autant en emporte le vent. Avec toutes les horreurs académiques qui fleurissent régulièrement sur le thème de la ségrégation et de sa dénonciation  […]

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vendredi 01 février 2019

Le Seigneur des porcheries, de Tristan Egolf (1998)

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Les raisons de la colère La comparaison du style de Tristan Egolf avec celui de Steinbeck ou de Faulkner pourrait paraître présomptueuse a priori, mais une fois refermée l'histoire du périple de John Kaltenbrunner dans Le Seigneur des porcheries, elle se révèle relativement fondée. Comme une  […]

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mercredi 30 janvier 2019

Âmes libres, de Clarence Brown (1931)

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"I don't want life to settle down around me like a pan of sour dough." Les films de l'ère Pré-Code (voir cette liste, inspirée de l'émission Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert présentée par Jean-Baptiste Thoret) ont toujours ces petits moments surprenants, ces scènes qui  […]

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lundi 28 janvier 2019

Le Voleur, de Louis Malle (1967)

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"Parfois j’ai envie de tout faire sauter. Tout... Au lieu de donner des coups d’épingles." Encore une belle surprise du côté de chez Belmondo, encore une fois là où je ne m'y attendais pas, après Un homme qui me plaît. Bien au-delà du simple portrait d'un gentleman-cambrioleur, en  […]

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jeudi 24 janvier 2019

Un homme qui me plaît, de Claude Lelouch (1969)

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Les amants américains La vertu de la persévérance... Ou, avec un peu moins de grandiloquence dans le ton, les surprises qui peuvent émailler des parcours plutôt masochistes. La filmographie de Claude Lelouch ne m'avait jamais particulièrement interpelé jusqu'à présent, à une exception près avec  […]

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