vendredi 21 septembre 2018

Manille : Dans les Griffes des Ténèbres, de Lino Brocka (1975)

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Des réminiscences, des promesses, et la mort

Manille : Dans les Griffes des Ténèbres et Insiang, deux films très complémentaires sortis à un an d'intervalle, forment un portrait singulier de la capitale philippine en deux temps. Dans le premier volet de ce diptyque, Lino Brocka laissait de côté les bas-fonds boueux des bidonvilles de Manille pour se concentrer sur la trajectoire d'un jeune pêcheur, parti de sa campagne pour retrouver sa petite amie emmenée vaguement de force en ville pour travailler. Au-delà du point d'ancrage fort entre ces deux films à travers la présence de Hilda Koronel, au charme troublant (elle n'apparaîtra ici que de manière fantomatique), et indépendamment de leurs tonalités assez différentes, ils partagent la même immersion en milieu hostile et la même description en détail des environnements, en jouant la carte du réalisme.

C'est un peu la chronique d'un exode rural, dans laquelle Julio se lance à la poursuite de Ligaya, emmenée par une certaine Madame Cruz. Manille revêt sous certains aspects la dimension du conte, avec la quête éperdue de son protagoniste qui s'enfonce et se perd dans les méandres citadins. Avec sa structure très légèrement fragmentée, introduisant des éléments de contexte à l'aide de flashbacks oniriques courts et avant tout axés sur la suggestion, le film tisse progressivement sa toile mélodramatique, sans à-coup. Il cultive une forme d'étrangeté à travers l'irruption de ces images d'enseignes lumineuses qui clignotent dans la nuit et entretient un décalage avec des aspects plus documentaires.

L'arrivée de Julio sur un chantier de construction est à ce titre très bien retranscrite. C'est un travail difficile et dangereux, payé une misère, géré par des promoteurs véreux. Les tâches sont décrites avec minutie par Lino Brocka, il s'attarde longuement sur les différentes occupations dans et autour du chantier, et la solidarité qui se dégage de la cohésion entre les travailleurs n'en devient que plus touchante. Ces moments de complicité et d'entraide seront presque les seuls rayons de soleil dans la tragédie qui entourent les pérégrinations de Julio. Le film offre en outre un parallèle intéressant entre les conditions des travailleurs dans deux registres, celui de la construction et celui de la prostitution masculine.

Manille donne à voir à travers ce parallèle une certaine récurrence dans ces schémas d'exploitation, et même si plusieurs passages s'étirent de manière un peu trop forte dans la deuxième partie, les quelques grandes réussites éparpillées par-ci par-là (les réminiscences du passé heureux de Julio qui se transforment peu à peu en promesses au-delà de la mort, le final glaçant dans un cul-de-sac lugubre après un accès de rage vengeresse) confère à l'ensemble un très grand charme. Les damnés de la terre n'en finissent pas de se pleurer et de s'enterrer les uns les autres.

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mercredi 19 septembre 2018

Orochi, de Buntarō Futagawa (1925)

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Cinéma muet, cinéma parlant L'histoire des benshi au Japon mériterait un ample développement, alors que j'en découvre l'existence, l'importance et les fonctions à travers ce chanbara, l'un des premiers du genre, pourvu de certaines caractéristiques très originales. À l'époque du cinéma muet, les  […]

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mardi 18 septembre 2018

Les Fiancées en folie, de Buster Keaton (1925)

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Dynamique des foules en délire Le dernier quart d'heure de Fiancées en folie (Seven Chances en V.O.) concentre une folie tellement démesurée qu'il légitime à lui seul, aisément, le visionnage du film dans son ensemble. On pourrait même être tenté de voir un geste volontaire dans cette platitude  […]

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lundi 17 septembre 2018

Level Five, de Chris Marker (1997)

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Optional World Link Clairement un long métrage de fiction plutôt que documentaire (bien que présenté comme tel), Level Five demande un certain temps d'adaptation avant de pouvoir accéder sereinement à son contenu. Le temps est assez ingrat avec certaines thématiques et certains effets visuels, et  […]

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jeudi 13 septembre 2018

Les Félins, de René Clément (1964)

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Ménage à quatre en huis clos Les Félins ajoute une pierre à l'édifice à la fois homogène et contrasté de la filmographie de René Clément : c'est un réalisateur qui peut sous certains aspects être difficile à cerner tant ses films explorent des horizons à la fois similaires dans leurs thématiques  […]

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Jaan Pehchan Ho, de Mohammed Rafi (1965)

Jaan Pehchan Ho, un morceau de Mohammed Rafi utilisé dans le film de Bollywood Gumnaam. Un moment des 60s collector.  […]

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mercredi 12 septembre 2018

Ennemis intimes, de Werner Herzog (1999)

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"Je ne m'en suis pas mêlé car je trouvais Kinski plutôt doux, comparé à ses crises habituelles" Ennemis intimes est une semi-déception. Mon obsession herzogienne qui a lentement mûri au fil des années et cette façon désinvolte faussement neutre qu'a Werner Herzog de parler du fou Klaus  […]

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mardi 11 septembre 2018

Circonstances atténuantes, de Jean Boyer (1939)

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♫ Elle se consola en le faisant cocu, comme de bien entendu ! ♫ Michel Simon magistrat à la retraite et sa femme, couple de bourgeois guindés et maniérés par excellence, se retrouvent coincés à la tombée de la nuit au fin fond de la cambrousse, dans une auberge de prolos, servant accessoirement de  […]

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lundi 10 septembre 2018

In The Heart Of The Moon, d'Ali Farka Touré & Toumani Diabaté (2005)

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Magnifique musique mandingue (ou Mande), enchanteresse, quasiment dépourvue de paroles. Le son de la kora de Toumani Diabaté associé à celui de la guitare d'Ali Farka Touré est d'une douceur exquise. Totalement envoûté par le charme de cette ambiance, même si de par sa grande homogénéité, elle  […]

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vendredi 07 septembre 2018

Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni (1970)

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De l'orgie à la destruction Regarder Zabriskie Point longtemps (50 ans) après l'époque de sa sortie, marquée à la fois par l'aspiration à diverses émancipations et par le Nouvel Hollywood, permet d'en savourer tout le sel baroque. C'est un pur produit de son temps selon ces deux axes, et pourtant,  […]

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