lundi 22 juillet 2019

Copie conforme, de Abbas Kiarostami (2010)

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L'incertitude en détours et en détails

Il y a chez Kiarostami quelque chose de difficilement définissable et pourtant clairement présent, une forme de douceur inattendue émanant d'un contexte qui ne s'y prêtait a priori pas vraiment, une sorte de subtilité transversale à laquelle on finit par accéder, éventuellement. Copie conforme a beau se dérouler de manière parfaitement chronologique, avec un nombre de personnages très réduit, dans un flux narratif transparent et sans ellipse, on en ressort comme on se réveille d'un rêve aux contours flous, perdu dans une brume incertaine.

Dans un premier temps, à un premier niveau de lecture, il s'agit d'une rencontre presque banale entre une antiquaire française exilée en Italie et un critique d'art britannique de passage en Toscane pour promouvoir son dernier livre. Après une première partie assommante nous assénant son discours sur la valeur de la copie par rapport à l'original, très dense et un brin sentencieux, le film dérive vers une discussion beaucoup plus prosaïque entre les deux protagonistes au fil d'un itinéraire en apparence quelconque. Mais il y a ce moment crucial où une larme pourfend soudainement la joue de Juliette Binoche comme un éclair, initiant un questionnement qui ne nous lâchera plus : d'où provient cette tristesse spontanée ? Une question sans réponse qui inondera le reste du film d'un doute profond.

Rétrospectivement, on peut sincèrement se demander si toute la première partie de Copie conforme, avec sa longue litanie de concepts artistico-intellectuels soporifiques énoncés sans préambule, n'est pas uniquement là pour désorienter, pour anesthésier, pour contraindre à une position de repli et ainsi forcer à aborder la deuxième partie avec un recul conséquent. On peut passer la totalité du film à se demander si les deux sont mari et femme ou bien s'il s'agit d'un jeu entre les deux initié par un quiproquo puis alimenté par la provocation. La balance du jugement oscille sans cesse d'un bord à l'autre, même si certains signes tendraient à la faire pencher plutôt d'un côté que de l'autre. Mais au final, ce n'est pas tant la réponse à cette question qui importe : c'est plutôt l'atmosphère d'indétermination qui est impulsée de cette manière et le jeu des interprétations qui n'en finira pas d'enfler.

Plus que le mystère en lui-même quant à la nature de leur relation, qui restera un jeu superficiel, on peut entrer dans un autre jeu, plus empathique, lié à une série de tressaillements plus ou moins visibles. Une danse animée par plusieurs mouvements, entre rapprochement et éloignement, lassitude et amertume, rêve et réalité, espoir et désillusion. Le thème de la copie parcourt évidemment l'ensemble, avec une succession d'allusions plutôt discrètes autour du mariage, de l'œuvre artistique, ou encore du conjoint : on peut voir la thématique de la substitution à peu près partout.

Dans la fuite en avant du couple en construction, nimbée d'incertitudes, Copie Conforme peut rappeler Before Sunrise de Richard Linklater, bien que les préoccupations finales des deux auteurs soient diamétralement opposées. Dans la peinture tout en détails et en détours du sentiment amoureux, de cet effet papillon qui voit de subtiles variations engendrer des réactions radicalement différentes, on peut aussi penser à l'essai magnifique sur la reprise et la variante de Hong Sang-Soo, Un jour avec, un jour sans. On y retrouve le même type de vertige, fruit d'un travail autour de la dissonance, du décalage, de l'interférence, de la vérité accidentelle, de l'incertitude créatrice, de la vertu du malentendu, du vrai mêlé au faux. Cet échafaudage tout entier bâti autour d'un doute fondamental peut sous certains aspects confiner à la vanité voire à la parodie (comme une longue transition de la copie à l'original, encore une fois), on peut très facilement le concevoir, mais cette larme sur la joue de Binoche ne s'essuie pas aisément du revers de la main.

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lundi 15 juillet 2019

Hobo, de John T. Davis (1992)

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On the (rail)road again John T. Davis, un documentariste nord-irlandais originaire de Belfast, a passé trois mois aux côtés d'un vagabond américain du nom de Beargrease dans le but de partager sa vie de clochard itinérant. Dans ce film inconnu sobrement intitulé Hobo, il fait le portrait à la fois  […]

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The Roots Of Chicha: Psychedelic Cumbias From Peru (2007 et 2010)

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Compilation de Cumbia péruvienne 60s / 70s, peut-être pas aussi psychédélique que ce que le titre annonce (on pense à la compilation de référence Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era 1965-1968), mais en tous cas un recueil de très haute tenue, dense et homogène. Si l'ambiance  […]

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samedi 13 juillet 2019

Le Mauvais Chemin, de Mauro Bolognini (1961)

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Oppositions Je ne connais pas bien Mauro Bolognini mais cette plongée dans l'Italie de la fin du 19ème siècle donne sérieusement envie de découvrir un peu plus en détails sa filmographie. Même si le mélodrame n'est jamais très loin, c'est principalement le contexte social qui entoure la relation de  […]

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Music Box, de Costa-Gavras (1989)

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"What do we know about our parents?" Sur le papier, Music Box a tout du film de prétoire assommant : une avocate, fille d'immigré hongrois, défend son père au cours d'un procès qui vise à démontrer ou infirmer son implication dans des crimes abominables en lien avec la fin de la Seconde  […]

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samedi 06 juillet 2019

The White Lady, de Zdenek Podskalský (1965)

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La satire d'un régime par l'irruption du fantastique Le cinéma tchécoslovaque des années 60 est un modèle de contestation politique par la satire, lorsqu'elle devait passer à travers le tamis de la censure, avec ses embardées allégoriques taclant sans relâche le régime en place. Des réalisateurs  […]

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mercredi 03 juillet 2019

The Oath, de Ike Barinholtz (2018)

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The Patriot's Oath Je ne sais pas ce qu'il y a de plus drôle entre le contenu de cette comédie dystopique, qui prend pour cadre un futur très proche dans lequel le président des État-Unis demanderait à tous les citoyens de signer une sorte de charte faisant office de serment de loyauté envers le  […]

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mardi 02 juillet 2019

Colorado, de Sergio Sollima (1966)

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L'autre Sergio Premier film du troisième Sergio spaghetti (Sollima, après Leone et Corbucci) que je vois, et c'est à se demander comment j'ai mis autant de temps à le rencontrer. Non pas que Colorado soit un western sensationnel et incontournable, mais il propose une variation supplémentaire autour  […]

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lundi 01 juillet 2019

Le Gouffre aux chimères, de Billy Wilder (1951)

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"We're all in the same boat! — I'm in the boat. You're in the water. Now let's see how you can swim." Existe-t-il un autre réalisateur, toutes époques confondues, présentant des signes de bipolarité cinématographique aussi prononcés que ceux qui émanent de la filmographie de Billy Wilder  […]

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vendredi 28 juin 2019

Heart Of The Congos, de The Congos (1977)

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Petite incursion du côté de The Congos, un groupe jamaïcain de Roots Reggae imprégné de Dub, avec Heart Of The Congos, un album issu des années 70 soignant étonnamment ses mélodies. Le morceau Congoman, hypnotisant : À écouter aussi : Fisherman (lien youtube).  […]

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