lundi 23 avril 2018

Une Place au soleil, de George Stevens (1951)

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"Seems like we always spend the best part of our time just saying goodbye."

Au-delà du mélodrame hollywoodien typique de ce que le cinéma américain des années 50 a pu engendrer, A Place in the sun constitue un portrait très corrosif de l'American Dream, et en tous cas beaucoup moins idyllique que ce que le titre et la première partie du film peuvent laisser supposer. C'est tout le contraire, en réalité : une charge vigoureuse contre un mythe et sa représentation au cinéma, dont George Stevens aura repris les principaux codes pour mieux les cuisiner à petit feu et renverser la perspective.

Le tableau des classes sociales est à la fois simple dans son principe et complexe dans son exercice. Quand Montgomery Clift pénètre dans l'empire financier de son oncle à la recherche d'un petit boulot, au tout début, il entre par la petite porte, effectue un travail à la chaîne correspondant à son statut implicite et flirte avec une collègue. Il se plonge dans le bain de ses semblables sans renâcler. Tout le renvoie à sa condition, de ses fréquentations à son costume en passant par ses aspirations : quand il aperçoit pour la première fois Elizabeth Taylor, une femme à la beauté rayonnante appartenant à la haute société, dans le décor de la luxueuse maison familiale, sa sidération entérine leur différence, sa stupéfaction résonne comme une hypnose.

Tout le film se concentrera alors sur une trajectoire impossible, celle d'un jeune homme qui oscillera entre deux femmes aux statuts antagoniques. À mesure que sa passion le détourne de sa condition initiale et l'entraîne vers la haute société, des zones d'ombre apparaissent tant dans la possibilité d'émancipation qu'il avait entrevue que dans son détournement de son flirt original. La fracture sociale enfle progressivement, jusqu'à exploser lors d'une séquence-climax à bord d'un bateau, sur un lac paisible, où la tension dramatique grandissante et interminable pourrait faire écho à celle de L'Aurore de Murnau. Le revers amer du rêve américain, à partir de se moment-là, sera sans cesse alimenté dans ce qui s'apparente à une descente aux enfers, judiciaire, intellectuelle et sentimentale.

Très peu de stéréotypes dans ce canevas pourtant classique, même si on sent poindre un certain fatalisme forcené dans les enchaînements. À l'image de l'avocat du jeune homme, porteur d'un symbole de l'Amérique, aux strates imperméables et aux jugements moraux prédominants : "If he's innocent, I'll get the best defence I can get for him. If he is guilty, I won't spend a single cent to save him from the electric chair!" Son ascension sociale n'aura été que de très courte durée. Dans sa description des désillusions qui explosent et d'une idylle qui se referme comme un piège sur sa proie, Une Place au soleil constitue un élément essentiel du cinéma américain des 50s.

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vendredi 20 avril 2018

L'Aventurier du Rio Grande, de Robert Parrish (1959)

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"I'm always betrayed by hope." The Wonderful Country est un western vraiment bizarre : il y a un décalage étonnant entre ce qu'il aurait pu être, dans le fond, une puissante décharge mélancolique autour de la condition de Robert Mitchum, tiraillé entre deux pays et deux vies, et ce qu'il  […]

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lundi 16 avril 2018

Crainquebille, de Jacques Feyder (1922)

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Réalisme des rues et surréalisme du tribunal Une plongée dans le début du XIXe siècle, en plein cœur de Paris, sur les places de marché et dans les ruelles avoisinantes, itinéraires des marchands ambulants. Le (Jérôme) Crainquebille du titre fait partie de ces gens-là, et son histoire est contée en  […]

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vendredi 13 avril 2018

La Belle et la Bête, de Nils Malmros (1983)

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La confusion des sentiments Tout l'intérêt de La Belle et la Bête tourne autour de la relation extrêmement complexe entre un père et sa fille de 16 ans, aux prémices de l'éveil de sa sexualité. Force est de constater que le film du cinéaste danois Nils Malmros (inconnu au bataillon) est parvenu à  […]

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vendredi 06 avril 2018

Hypocrites, de Lois Weber (1915)

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La vérité nue, ou la vertu en surimpression Le montage parallèle qui sous-tend Hypocrites met en correspondance deux figures religieuses de deux époques très différentes : un pasteur contemporain du film, prêchant un sermon sur l'hypocrisie à une audience assez peu concernée, et un moine nommé  […]

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mardi 03 avril 2018

Convoi de femmes, de William A. Wellman (1951)

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La deuxième vague de la conquête de l'Ouest Westward the Women est un western qui pourrait être considéré comme l’œuvre duale de La Piste des géants (réalisé deux décennies plus tôt par Raoul Walsh), une sorte d’exploration de l’Ouest américain revisitée, dans une version que l'on serait tenté de  […]

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vendredi 30 mars 2018

Peau de pêche, de Jean Benoît-Lévy et Marie Epstein (1929)

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Des visages d'enfants En forçant un peu l'analogie, Peau de pêche se situe quelque part entre la chronique de l'enfance dans Visages d'enfants (1925, lire le billet), de Jacques Feyder, et la poésie champêtre impressionniste dans La Ligne générale (1929, lire le billet), de Sergueï Eisenstein. Il y  […]

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mardi 27 mars 2018

Out Of Season, de Beth Gibbons & Rustin Man (2002)

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Un peu de douceur, dans ce monde de brutes (et de Garage). Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead, s'est associée avec l'ancien bassiste du groupe Talk Talk, Paul Webb (sous le pseudonyme Rustin Man), le temps d'un album Folk : Out of Season. On savoure. Extrait de l'album : Tom The Model. Un  […]

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lundi 26 mars 2018

Where Are My Children?, de Lois Weber (1916)

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D'un siècle à l'autre, la relativité du jugement moral Il n'est évidemment pas sensé d'analyser un film vieux d'un siècle avec la grille de lecture morale, sociale et politique d'aujourd'hui. Son appréhension dans ces conditions, déjà, n'est pas la chose la plus aisée qui soit. On pourrait  […]

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jeudi 22 mars 2018

From The Fires, de Greta Van Fleet (2017)

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Le nouvel album de Led Zeppelin est sorti, sous le pseudonyme "Greta Van Fleet", avec un Robert Plant à la jeunesse renouvelée. ... (Si on m'avait présenté les choses de la sorte, vraiment, j'aurais pu y croire.) Les jeunes frères Kiszka derrière Greta Van Fleet ont réussi à reproduire,  […]

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