mardi 24 novembre 2020

Le Cerveau d'acier, de Joseph Sargent (1970)

cerveau_d-acier.jpg, nov. 2020
"To be dominated by me is not as bad for human pride as to be dominated by others of your species."

À la croisée de la tension militaro-politico-psychologique d'un Fail-Safe aka Point Limite (1964) et des dérives autoritaires de la machine d'un HAL 9000 dans 2001 (1968), ce film à la fois humble et ambitieux met en scène un autre ordinateur américain surpuissant qui cette fois-ci prend le contrôle de la planète entière après avoir fusionné avec son homologue soviétique. À ranger dans la catégorie des intelligences artificielles à la dérive, comme celle de Tron (MCP), Terminator (Skynet), Moon (Gerty), Alphaville (Alpha 60), Planète Interdite (The Great Machine), voire pourquoi pas Une femme de tête (EMMARAC, un ordinateur de gestion de bases de données) pour le versant moins anxiogène.

Dans la description clinique du laboratoire qui a vu naître la machine baptisée Colossus, logée au creux d'une montagne du Colorado, et qui désormais la protège du monde extérieur, on pense également à Le Mystère Andromède, un autre film de SF apocalyptique caractéristique de la psychose de la géopolitique des 70s. Et pour rester dans le chapitre des citations pouvant aider à circonscrire le cadre du film, sans en atteindre la folie horrifique, Le Cerveau d'acier pourrait aussi trouver un écho intéressant dans une autre émanation de la science-fiction à l'autre bout des 70s, avec Génération Proteus et son intelligence artificielle prenant le dessus sur son créateur et animée d'une curiosité étrange au point de vouloir étudier la biologie humaine en détail.

On peut remarquer beaucoup de limitations dans la dynamique de la progression de la machine et de son emprise sur les humains, à commencer par la situation initiale — les États-Unis lancent un programme qui transfère tous les pouvoirs militaires (y compris la force de frappe nucléaire) à un ordinateur avec un empressement en apparence injustifié, donnant l'impression que certaines phases de bêta-test ont dû être un peu bâclées... La concomitance avec rigoureusement le même programme de l'autre côté du rideau de fer est de la même manière assénée sans trop se soucier d'un minimum de vraisemblance, imposant d'avaler une grosse couleuvre. Pourtant, malgré tout cela et en dépit d'une sous-intrigue peu engageante focalisée sur la tentative de tromper la vigilance de la machine, par exemple en lançant le film sur les rails d'une interminable séquence romantique, il conserve un sérieux étonnant ainsi qu'une tonalité froide et martiale qui se fait de plus en plus glaciale.

C'est là où Le Cerveau d'acier se fait le plus efficace : dans la soumission absolue que la machine impose à l'homme, qu'il soit scientifique, militaire ou politique, américain ou russe. Les menaces que Colossus profèrent, les ultimatums qu'il impose, les exécutions qu'il ordonnent, mais aussi la pression qu'il exerce sur celui qui l'a créé (Eric Braeden, assez convaincant dans son rôle de chercheur qui perd progressivement le contrôle) fonctionne encore aujourd'hui particulièrement bien. On reste loin de la portée et de la tension d'un Point Limite, notamment à cause d'une conclusion expédiée de manière très abrupte, mais le geste est tout de même à saluer. À noter la tirade finale de la machine : "We can coexist, but only on my terms. You will say you lose your freedom, freedom is an illusion. All you lose is the emotion of pride. To be dominated by me is not as bad for human pride as to be dominated by others of your species."

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lundi 23 novembre 2020

Bienvenue, Mister Chance, de Hal Ashby (1979)

bienvenue_mister_chance.jpg, nov. 2020

Sellers x Ashby x Nietzsche: "Life is a state of mind." Sur le papier et sur la longueur, Being There aka "Bienvenue Mister Chance" avait beaucoup de chances de déplaire, de par la lourdeur de sa démonstration martelée de manière très uniforme du début à la fin (le protagoniste  […]

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samedi 21 novembre 2020

Claudine, de John Berry (1974)

claudine.jpg, nov. 2020

"Girl, don’t you know a woman has to have her vitamin F?” Sous ses faux airs de sitcom prenant pour cadre principal le petit appartement de la protagoniste, Claudine se présente comme une comédie dramatico-romantique afro-américaine centrée sur la relation hétéroclite entre un éboueur et une  […]

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jeudi 19 novembre 2020

Le Propre et le sale, de Georges Vigarello (1985)

propre_et_le_sale.jpg, oct. 2020

Une histoire des dangers miasmatiques, des pustules et du bidet de luxe Le Propre et le sale est un travail d'historien qui se lit presque comme un roman, comme le récit passionnant et documenté de l'histoire de la propreté corporelle, du Moyen Âge jusqu'à l'avènement du 20ème siècle. Dans ces  […]

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mardi 17 novembre 2020

La Chatte, de Henri Decoin (1958)

chatte.jpg, oct. 2020

Tension de résistance Il est assez tentant de comparer ce film signé Henri Decoin avec le plus réputé L'Armée des ombres que Jean-Pierre Melville réalisera dix ans plus tard, le rapprochement découlant de la proximité des thématiques de la France occupée, de la résistance, de la trahison et de la  […]

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lundi 16 novembre 2020

Never Take Sweets from a Stranger, de Cyril Frankel (1960)

never_take_sweets_from_a_stranger.jpg, oct. 2020

Hammer ailleurs On connaît la Hammer comme société de production britannique spécialisée dans les films fantastiques, d'horreur ou d’aventures qui ont irrigué les années 50 et 60 avec sa pléthore de variations sur le thème du loup-garou, du vampire, de la créature diabolique. On la connaît en  […]

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samedi 14 novembre 2020

Sweetgrass, de Ilisa Barbash et Lucien Castaing-Taylor (2009)

sweetgrass.jpg, nov. 2020

Néo-western documentaire de la transhumance C'est presque un western contemporain, avec quelques bergers, quelques chevaux, un troupeau de 3000 moutons et 250 kilomètres à traverser en 3 mois à travers les montagnes Beartooth du Montana. Dans la veine du documentaire anthropologique prenant  […]

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jeudi 12 novembre 2020

Traître sur commande, de Martin Ritt (1970)

traitre_sur_commande.jpg, nov. 2020

"Don't get confused about which side you're on." Rares sont les introductions à planter le décor de la sorte, aussi efficacement, tant en termes d'ambiance que de contexte, ici aux États-Unis en 1876 pour une sorte de Germinal irlando-américain, autour d'un groupe de mineurs irlandais  […]

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lundi 09 novembre 2020

Sécheresse, de Nelson Pereira Dos Santos (1963)

secheresse.jpg, oct. 2020

Sisyphe du désert Sécheresse ou "Vidas Secas" en version originale est un conte situé au tout début des années 40, centré sur une famille de paysans pauvres dont l'histoire atteint le niveau de sécheresse du Sertão, une région du Nordeste brésilien dont le climat aride et la désolation  […]

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mercredi 04 novembre 2020

Le Mystère von Bülow, de Barbet Schroeder (1990)

mystere_von_bulow.jpg, oct. 2020

"It’s very hard to trust a man you don’t understand." Le film que Barbet Schroeder met en scène à partir d'un épisode rocambolesque de l'histoire judiciaire des années 80 vaut avant tout le détour pour la relation, qu'il dépeint dans toutes ses ambiguïtés, entre l'avocat Alan Dershowitz  […]

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