jeudi 04 juin 2020

Le Métis, de Allan Dwan (1916)

metis.jpg, juin 2020
A History of tolerance

La naïveté touchante du discours sur les métis indiens (et par extension, sur les Indiens — ou presque) sauve quelque peu le film de la platitude de ses enjeux et de son absence de souffle. Pour garder un point de repère, Griffith réalisait la même année l’imposant Intolérance… Un élément de comparaison qui appelle à la mesure dans l’appréciation de The Half-Breed, fable gentillette sur un l’avenir d’un enfant dont la mère indienne s'est suicidée après que son père blanc l'a abandonnée. Remis dans le contexte d'il y a plus d'un siècle, la dimension progressiste et humaniste de cette histoire ne fait aucun doute et donne aussi de manière indirecte une idée de la discrimination raciale qui régnait dans l'Ouest américain. On notera que les Indiens pur jus ne sont caractérisés que comme des alcooliques prompts à danser (même s'ils sont réduits à l'état de semi-esclaves par un commerçant blanc) et que la mère indienne peu courageuse et peu responsable laisse la charge du nourrisson et de l'éducation à suivre à un vieil ermite blanc, mais ces considérations souffrent sans aucun doute d'un anachronisme un peu trop obtus.

Le plus important, le centre de la dramaturgie, c'est donc ce métis incarné par Douglas Fairbanks : mais assez étonnamment, dépourvu de moustache et d'enthousiasme frondeur ou rieur, il se révèle assez pâlichon dans son rôle de benêt plutôt ingrat — et courageux, aussi, pour l'époque, dans cette prise de position. Le film d'Allan Dwan reste étonnant car il présente la ville comme le théâtre du vice et de la cupidité, avec en son centre le saloon vu comme le lieu des pires avilissements (alcool, jeu, filles de joie), par opposition à la vie saine et apaisée du demi-Indien dans la forêt de séquoias, présentée comme moralement supérieure. Deux personnages féminins achèvent ce portrait dual, avec d'un côté une très belle femme qui pense avant tout par son apparence (l’introduction de son personnage est à ce titre parfaitement réussie : en descendant un escalier, on voit ses chaussures, sa robe, son chapeau, et seulement ensuite son regard), et une autre qui comprend beaucoup mieux le statut de Fairbanks et qui sera la seule à aller vers lui pour le comprendre plus intimement, au-delà des apparences. Mais encore une fois, Fairbanks dans un rôle dramatique censé être profond, on a un peu de mal à le concevoir et l'accepter...

Le Métis conserve en outre une part de violence assez forte vu d'aujourd'hui, dans le refus constant opposé au protagoniste lorsqu'il entreprend ses virées dans la ville d'Excelsior. On lui fait bien comprendre que sa place n'est pas ici, avec beaucoup de dédain et de vanité, et que ses batifolages (pourtant très chastes et sincères) avec des femmes blanches sont intolérables. Le film insiste beaucoup sur l'hypocrisie de la société américaine, divisée derrière une apparente unité, puisqu'on tente d'un côté d'établir des règles de bonne conduite et de l'autre de pratiquer un ostracisme qui ne dit pas son nom. Les personnages du policier et du révérend sont à ce titre caractéristiques de cette intolérance non-assumée.

fairbanks.jpg, juin 2020

mercredi 03 juin 2020

Lisbonne Story, de Wim Wenders (1994)

lisbonne_story.jpg, juin 2020

Errances à Lisbonne Dans le prolongement de L'État des choses qui se déroulait déjà au Portugal (et dans lequel figurait déjà Patrick Bauchau), Lisbon Story peut se voir comme une suite ou un renouvellement périphérique de la part de Wim Wenders, avec des questionnements comparables et une nouvelle  […]

Lire la suite

Étangs de Peyregrand et Redouneilles, dans la vallée de Siguer, près de Tarascon

denivele.png, juin 2020

Une très belle randonnée le long d'un cours d'eau, dans la vallée de Siguer, à une vingtaine de minutes au Sud de Tarascon-sur-Ariège. Avec un circuit de 16 km et 1500 m de dénivelé cumulé positif dans cette vallée envahie de fleurs et de chants d'oiseaux au printemps, les effets positifs du  […]

Lire la suite

mardi 02 juin 2020

Castaway, de Nicolas Roeg (1986)

castaway.jpg, juin 2020

"I believe in our future here." La présence d’Oliver Reed dans un tel film, ça dépasse l'entendement. 15 ans après sa prestation outrée, hallucinée et over the top dans Les Diables de Ken Russell, on le retrouve embarqué dans cette histoire renversante, adaptée de deux livres  […]

Lire la suite

lundi 01 juin 2020

À l'angle du monde, de Michael Powell (1937)

angle_du_monde.jpg, mai 2020

Ultima Thule Saint-Kilda est un archipel appartenant à l'Écosse situé au large des Hébrides extérieures, isolé dans l'océan Atlantique, à plus de 150 kilomètres des côtes. Son île principale, Hirta, avec ses impressionnantes falaises maritimes, n'a jamais connu une population excédant la centaine  […]

Lire la suite

dimanche 31 mai 2020

Les Patriotes, de Éric Rochant (1994)

patriotes.jpg, mai 2020

Jeux d'espions Les Patriotes est un film d'espionnage assez surprenant, et à ce titre très plaisant, dans sa logique immersive au sein d'une unité proche du Mossad le long de deux affaires inspirées de faits réels. Son refus clair du spectaculaire pendant 150 minutes et la finesse de ses nombreux  […]

Lire la suite

vendredi 29 mai 2020

It Must Be Heaven, de Elia Suleiman (2019)

it_must_be_heaven.jpg, mai 2020

Playtime Elia Suleiman erre dans les rues de Paris et New York avant de retourner à Nazareth et trimballe son mutisme comique comme un lointain descendant de Jacques Tati. En s'échappant de sa terre natale, son voyage se transforme en un périple éminemment burlesque : c'est un peu comme s'il  […]

Lire la suite

samedi 23 mai 2020

La Conquête de l'Everest, de George Lowe (1953)

conquete-de-l-everest.jpg, mai 2020

"What they are carrying also is a dream that is turning ripe" Ce documentaire de George Lowe qui relate l'exploit du néo-zélandais Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay, les premiers à avoir réussi à atteindre le sommet de l'Everest le 29 mai 1953, ne parviendra étonnamment pas à se  […]

Lire la suite

mardi 19 mai 2020

Le Cabinet du docteur Caligari, de Robert Wiene (1920)

cabinet_du_docteur_caligari.jpg

"La faute qui consiste à photographier platement des décors excentriques." Le bon côté d'entretenir des lacunes dans le temps, c'est qu'on se réserve la possibilité de prendre de jolies claques en dépit de l'épaisseur de la carapace que l'on se construit inexorablement. De telles  […]

Lire la suite

samedi 16 mai 2020

La Maladie de Sachs, de Michel Deville (1999)

maladie_de_sachs.jpg, mai 2020

Chronique de la médecine rurale Étonnante chronique sociale en immersion dans un petit coin de ruralité du centre de la France, aux côtés du docteur Sachs (Albert Dupontel). Le film démarre en trombe, avec un méli-mélo de voix intérieures formant les prémices désordonnées d'un portrait déstabilisant  […]

Lire la suite

- page 1 de 105