lundi 13 août 2018

Tetsuo, de Shinya Tsukamoto (1989)

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La nouvelle chair

Rares sont les films aussi expérimentaux dans la forme qui parviennent à m'agripper du début à la fin, et laisser dans un état second, totalement abasourdi, dans le sillage de leur tumulte. La ligne de démarcation entre génie et esbroufe, dans ce registre particulier et selon mes propres affinités, est souvent ténue. De mémoire, le dernier choc comparable remonte au visionnage du court-métrage réalisé en 2016 FUCKKKYOUUU (lien youtube, pour un public averti). La sensibilité de chacun et les prédispositions au bizarre sont les principales forces motrices orientant la réaction face à une telle œuvre, raison pour laquelle il peut être très difficile de décrire avec précision et intelligibilité les raisons d'une telle appréciation.

Tetsuo, s'il contient bien une ossature scénaristique, est avant tout guidé par les délires visuels sans aucune limite issus du cerveau (probablement malade) de Shinya Tsukamoto. Le titre ne sera d'ailleurs jamais explicitement justifié, même si on peut y voir une référence à Akira (dont l'adaptation au cinéma était sortie un an auparavant) qui partage quelques thématiques. Les références / allusions / évocations sont nombreuses, j'ai beaucoup pensé aux délires organiques du Cronenberg de l'époque série B, mais il deviendrait vite superflu de les énumérer toutes tant la singularité de l'expérience est absolue.

Des accès de gore, des éclairs de grotesque, des effets spéciaux en cascade. Un univers instantanément glauque, crado, dérangeant. Une avalanche de détails, un amoncellement de bouts de ferraille, un amas de débris organiques. Le mécanique rejoint l'humain et plonge son métal dans la (nouvelle) chair, formant une symbiose homme-machine, davantage orientée vers le parasitaire que vers le mutualiste. Une expérience sensorielle, évidemment, un travail graphique épileptique, à la plastique irréprochable, tant sur le plan de l'image que du son.

Et le film de se terminer dans un registre une nouvelle fois bizarre, mais encore différent, avec un échange fantasque entre les deux entités ayant fusionné. En substance :

"How about turning the whole world into metal? We can rust the whole world and scatter it into the dust of the universe.
- Sounds like fun.
- Our love can put an end to this fucking world!
- Let's go get them!"

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mercredi 08 août 2018

Close-Up, d'Abbas Kiarostami (1990)

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Quand la fiction s'engouffre dans la réalité La beauté de la dernière séquence, pourtant mutilée dans sa bande son à cause d'un micro ne fonctionnant qu'à moitié, est renversante. Un choc émotionnel d'une rare intensité, et difficile à anticiper. Close-Up est un film unique dans sa manipulation du  […]

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lundi 06 août 2018

Gueule d'amour, de Jean Grémillon (1937)

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Le fruit défendu Je n'avais jamais entendu parler de Jean Grémillon, et c'est sans doute un tort, à la lumière de Gueule d'amour. Il filme Jean Gabin, héros national de la décade en question, d'une manière très singulière, dans une tendresse et une sensibilité que je ne lui connaissais pas, et qui  […]

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vendredi 27 juillet 2018

America, de Claus Drexel (2018)

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La distance au sujet À mi-chemin entre la photographie sociale de Walker Evans, le sens du cadre d'un Raymond Depardon et le goût pour les bizarreries pas toujours avouables comme Ulrich Seidl, le documentaire de Claus Drexel est un projet plein de promesses qui ne s'avère pas aussi intéressant que  […]

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jeudi 26 juillet 2018

Bonjour, de Yasujirō Ozu (1959)

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Essai sur les formules de politesse et les concours de pets On croit connaître l'œuvre d'un cinéaste... jusqu'au film qui change plus ou moins radicalement la donne. J'aime beaucoup ce genre de leçon indirecte de modestie, qui invite à la mesure, à la précaution, au jugement pondéré. Je ne me base  […]

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mercredi 25 juillet 2018

L'Atalante, de Jean Vigo (1934)

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Le Rimbaud du cinéma ¹ Impossible de rapprocher ce film de Jean Vigo, son unique long-métrage, à d'autres qui furent produits dans la décennie des années 30, à ma connaissance. Il y a peut-être quelques traces du coté de Robert Flaherty (avec Tabou, sorti en 1931), dans un contexte exotique à  […]

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mardi 24 juillet 2018

Leçons de ténèbres, de Werner Herzog (1992)

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Instantanés de destruction et poésie funèbre du chaos J'étais prêt à enterrer le Herzog des années 90, sur la base très partielle d'œuvres assez peu passionnantes comme Jag Mandir (chronique d'une gigantesque fête indienne), et voilà que Leçons de ténèbres surgit presque par surprise, comme un  […]

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Fric-Frac, de Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara (1939)

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"J'eusse préféré que vous vinssiez seule. - Quoi ?" Chipotons un peu. Avec une profondeur psychologique un peu plus affirmée, un scénario un peu plus original, et un final un peu moins dans le rang (ainsi qu'une bande son d'un peu meilleure qualité, accessoirement, bien que ce soit  […]

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lundi 23 juillet 2018

Les cloches des profondeurs - Foi et superstition en Russie, de Werner Herzog (1993)

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Syncrétisme barré de Sibérie Deuxième incursion dans les délires mystiques après la rencontre avec Gene Scott, un pasteur américain, à l'occasion de Fric et Foi. Herzog s'était intéressé de manière très neutre aux agissements télévisés de ce personnage singulier, pour lequel il éprouvait sans doute  […]

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jeudi 19 juillet 2018

Le Plaisir, de Max Ophüls (1952)

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La joie et l'ennui, de l'enivrement à l'épuisement Je suis en général réticent à l'idée de qualifier une œuvre que j'apprécie de virtuose car je l’interprète souvent de manière péjorative, comme un synonyme d'esbroufe, mais c'est le premier terme qui vient à l'esprit, au sens littéral, quand il  […]

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