mercredi 28 juin 2017

David Lynch: The Art Life, de Jon Nguyen (2017)

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Une passerelle entre les mondes

David Lynch le peintre laisse entrevoir quelques éléments d'explication sur David Lynch le réalisateur : c'est par une série de chemins de traverse qu'un univers en éclaire un autre. On connaît Lynch surtout pour ses films (et ses séries, l'actualité nous le rappelle) alors qu'il semble se considérer avant tout en tant qu'artiste d'une autre forme d'expression, la peinture. Et autant dire qu'on n'est pas du côté le plus gai de cet art, Lynch étant vraisemblablement un adorateur de Francis Bacon, quand on regarde quelques-unes de ses peintures-sculptures étranges et torturées Le documentaire biographique retrace toute la période qui précède la réalisation de son premier film, Eraserhead, de son enfance dans les quartiers angoissants de la ville industrielle et délabrée de Philadelphie jusqu'aux abords luxueux de Los Angeles qu'il écuma suite à l'opportunité d'une bourse obtenue auprès de l'American Film Institute pour réaliser son premier long métrage.

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Une chose est sûre, jamais Lynch ne se sera autant exprimé sur sa propre personne. Mais autant le dire d'emblée, pour que les choses soient claires : il n'est aucunement question d'une explication de texte, pas plus que d'un pont tendu, par exemple, entre sa vie et sa filmographie. La passerelle entre le monde presque idyllique de son enfance et de son adolescence d'une part, avec une famille relativement normale, avec des parents compréhensifs et ouverts à ses expérimentations artistiques, et d'autre part le monde de son art, pour le moins torturé, ésotérique et parfois angoissant, reste à mes yeux un immense mystère, et ce même à l'issue de ce David Lynch: The Art Life. Et ce n'est sans doute pas plus mal, car le documentaire égratigne indirectement un schéma déjà vu des centaines de fois : l'image de l'artiste qui trouve l'inspiration dans une ou plusieurs formes de torture, de mal-être, de repli sur soi. Rien de tout cela ici.

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On pourrait reprocher au film sa structure très linéaire, contant des faits à travers l'unique voix off de Lynch himself et illustrés par autant de photographies d'époque et autres objets d'art de sa création. Mais une telle structure peut s'avérer largement suffisante quand on s'attaque à un tel énergumène, à de telles singularités dans une œuvre protéiforme. Ce film a le mérite de replacer l'artiste dans son contexte : David Lynch est un peintre, voire un sculpteur et même plutôt un plasticien avant d'être un metteur en scène. À ce titre, beaucoup d'anecdotes concernant ses débuts, ses inspirations, et ses souvenirs marquants jalonnent les 90 minutes, à commencer par cette femme nue à la bouche ensanglantée qui surgira de la nuit en bas de chez lui. Une figure qui reviendra hanter nombre de ses œuvres, nombre de ses films, de manière obsessionnelle. Quelque part, la démarche des auteurs du documentaire, dans leur refus catégorique de se livrer à l'interprétation ou à l'analyse de son œuvre, est autant frustrante que judicieuse. Elle se contente de gratter la surface pour en extraire les premières rugosités, elle ne donne aucune véritable clé mais ouvre paradoxalement bien des portes, alimentant très simplement l'univers si particulier du personnage.

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C'est un vrai régal de se promener dans son atelier, ou du moins ce qui s'y apparente : une succession de pièces voire de hangars où règne un bordel monstre et où sont entreposés autant d'œuvres ténébreuses que d'objets en tous genres. Des outils par terre, accrochés au mur, posés n'importe où. La matière première du plasticien se trouve dans des morceaux de ferraille et de plastique, des bouts de bois, des couches et des couches de peinture qu'il appose, qu'il gratte et qu'il pétrit, des textures qu'il retravaille sans cesse. Sur fond de musique planante composée par Lynch (qui d'autre… c'est en fait le portrait d'un artiste total), on le voit souvent en pleine action, un pinceau ou une perceuse à la main, entre deux souvenirs des années 50 racontés en voix off, entre deux plans fixes de l'artiste assis, immobile, serein. Et, bien sûr, toujours cette clope au bec, toujours ces volutes de fumée qui l'enveloppent délicatement et qui en font une toile magnifique.

mardi 27 juin 2017

Les Plus Belles Années de notre vie, de William Wyler (1946)

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Back home Les Plus Belles Années de notre vie (à ne surtout pas confondre avec la variante romantico-dramatique signée Sydney Pollack...) me rappelle bien malgré moi que je ne suis pas fondamentalement hermétique au genre mélodramatique : avec un scénario solidement ficelé et un sous-texte  […]

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lundi 26 juin 2017

La Passion de Jeanne d'Arc, de Carl Theodor Dreyer (1928)

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L'aliénation du dogme et la prison de l'indicible Le personnage de Jeanne d'Arc ne fait pas partie de ceux que je trouve fondamentalement et directement passionnants dans l'Histoire de France, mais même en prenant en compte ces considérations édulcorantes, le regard que Dreyer porte (et celui qu'il  […]

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Haewon et les hommes, de Hong Sang-Soo (2013)

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Variations émotionnelles Encore un regard partagé entre légèreté et intensité sur le sentiment amoureux. Encore cette délicatesse et cette acuité toutes deux immenses pour décrire des faiblesses émotionnelles. Encore une fois, l'étude de variations infinitésimales autour d'une position d'équilibre,  […]

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dimanche 25 juin 2017

Imaginary Appalachia, de Colter Wall (2015)

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Colter Wall, c'est avant tout une voix terriblement envoûtante. Imaginary Appalachia commence comme du Nick Drake et ça se termine en un puissance mélange de Folk, Country et Blues. Une voix qui s'impose naturellement, et un EP comme une pépite brute qui accroche plus que l'album de 2017 portant  […]

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mercredi 21 juin 2017

Regarde-moi, de Audrey Estrougo (2007)

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Regard double sur la banlieue C'est peut-être l'une des seules fois que je n'ai pas eu l'impression de regarder un film dit "de banlieue" en me sentant harassé par sa pléthore de clichés, par son manque d'ambition, ou par la pauvreté de ses problématiques. Tout ce qui nous est montré ici  […]

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vendredi 16 juin 2017

Black And White, de Tony Joe White (1969)

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Swamp / Country Rock plutôt sympa, comme un Kris Kristofferson avec quelques gènes d'Elvis qui aurait grandi dans les bayous de Louisiane. J'aime beaucoup sa voix grave de baryton, son utilisation de la Wah Wah, et même les ballades bluesy du début d'album me conviennent bien. L'inspiration vient  […]

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Alexandre Nevski, de Sergueï Eisenstein (1938)

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"Celui qui viendra chez nous avec une épée périra par l'épée. Telle est la loi de la terre russe." Un bien étrange objet, œuvre de propagande, politique et cinématographique. D'un côté, le film-propagande commandé par Staline, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La menace nazie à la  […]

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lundi 12 juin 2017

Qui a peur de Virginia Woolf ?, de Mike Nichols (1966)

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MARIAGE [maʁjaʒ] n. m. — Institution pour malades mentaux. Drôle d'expérience que de voir le film après une représentation de la pièce d'Edward Albee de 1962, dont il fut adapté quelques années plus tard. C'est un cas de visionnage un peu à part, l'intrigue étant étrangement familière : ce n'est pas  […]

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jeudi 01 juin 2017

The Wonderful World Of Sam Cooke, de Sam Cooke (1960)

Voilà le registre dans lequel j'apprécie beaucoup Sam Cooke, la Soul, plus que celui par lequel il a débuté sa carrière, axé Swing et Jazz L'album n'est pas d'une homogénéité sans faille en termes de qualité, mais il suffit de quelques pépites pour le faire briller. Il y a quelques petites  […]

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