samedi 17 avril 2021

Sueño sicodelico, de Los Holyʼs (1967)

sueno_sicodelico.jpg, avr. 2021

Petite pépite Surf Psychedelic en provenance du Pérou, en prise directe avec les années 60. 30 minutes instrumentales, assaisonnées de reprises en tous genres, de Jimi Hendrix à The Righteous Brothers. On n'en finit pas de voir des pastilles multicolores dans tous les sens.

Extrait de l'album : Psicodelico Desconocido.

À écouter également : Reunion Psicodelica et Campo De Vampiros .

holys.jpg, avr. 2021

Went the Day Well?, de Alberto Cavalcanti (1942)

went_the_day_well.jpg, mar. 2021

Chronique de résistance imaginaire

Film de propagande anglaise sorti en pleine Seconde Guerre mondiale, Went the Day Well? prend le parti original de raconter son histoire en flashback depuis un futur incertain mais proche, rassurant du point de vue d'une future victoire alliée, dans lequel l'Allemagne nazie aurait perdu la guerre. "Old Hitler got what was coming to him", dira le narrateur. Un personnage britannique rustique introduit le cadre de cette pure fiction (aucun fait réel n'y est associé, à la différence de beaucoup d'autres productions similaires) depuis un cimetière exhibant une stèle avec des noms à consonance germanique, et le flashback à suivre en expliquera la raison. Et la raison sera abordée très rapidement : 35 ans avant le film de John Sturges L'aigle s'est envolé, le réalisateur brésilien Alberto Cavalcanti présentait pour la première fois le récit de ce détachement de parachutistes allemands déguisés en soldats britanniques qui envahissent un village fictif isolé de la campagne.

Pas de trace de Michael Caine ici, très peu de têtes connues d'ailleurs (Leslie Banks principalement), mais une faune dense de personnages pittoresques pour incarner les habitants du coin qui se retrouveront prisonniers. Le film est très étonnant dans le ton qu'il adopte, une forme de radicalité que l'on voit rarement à l'époque. Toute la première partie décrit la vie dans ce coin anglais avec une légèreté affichée, avec des personnages hauts en couleur, des enfants aux vieillards, des opératrices aux employés de la poste. On se croirait dans une comédie insouciante, qui évoluerait en dehors du cadre de la guerre, et ce même après que la révélation de l'identité des parachutistes allemands est révélée, tandis que les habitants accueillent avec joie ceux qu'ils prennent pour leurs protecteurs. Dans un second temps, les doutes apparaissent chez certains et on commence à questionner les motivations des nouveaux venus, à la faveur d'un score écrit au dos d'un télégramme avec des chiffres surprenants ou d'une tablette de chocolat viennois. Et quand le plan d'invasion du territoire sera clairement établi, avec tous les habitants constitués prisonniers, le film enclenchera encore une nouvelle ambiance : une violence frontale, sobre, presque silencieuse, qui éclaboussera brutalement la tranquillité des lieux.

"Careless talk costs lives", c'était l'objectif pédagogique et propagandiste du film à l'époque. Le sujet était déjà dans l'imaginaire collectif depuis un moment, et ce depuis la fin des années 30 avec la thématique de la cinquième colonne bien ancrée dans le cinéma — Saboteur, un film américain de Hitchcock, sort la même année et sera renommé Cinquième Colonne en France. Went the Day Well? est d'ailleurs marqué par une gestion intense du suspense, avec de nombreuses tentatives infructueuses pour s'échapper ou alerter l'extérieur, des morts froides et sèches parmi la population (la femme qui sauve des gosses en emportant une grenade vers la fin est d'une brutalité folle), et des actes de violence de la part de ces mêmes habitants tout aussi fous (on gardera bien en mémoire un certain coup de hache de la part de la responsable de la poste). Pas de place pour le mythe du résistant ou pour l'héroïsme triomphant ici.

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jeudi 15 avril 2021

Oliver Twist, de David Lean (1948)

oliver_twist.jpg, avr. 2021
"Cry your hardest now, it opens the lungs, washes the countenance, exercises the eyes and softens down the temper."

Dans l'immédiat après-guerre britannique, les bas-fonds crasseux de cette ville de l'époque victorienne a sans aucun doute dû entrer en résonance avec l'actualité nationale, alors régie par les rations et la dévastation ne 1948. Tout le monde connaît l'histoire d'Oliver Twist, même ceux qui n'ont pas lu le roman de Charles Dickens (dont je fais partie) : une jeune femme accouche d'un garçon avant de mourir, il grandira dans un orphelinat à la discipline de fer, il sera envoyé dans une entreprise de pompes funèbres dont le directeur n'est pas plus bienveillant, et il s'enfuira à Londres pour trouver refuge auprès d'une bande d'enfants emmenés par le fameux Fagin. Si l'ambiance n'y est pas aussi poisseuse, elle est en revanche beaucoup plus classique (dans le bon sens du terme) que celle de L'Impasse aux violences (John Gilling, 1960), formant ainsi un diptyque assez peu ragoûtant des quartiers mal famés de l'Angleterre victorienne charbonneuse, celle qui pue le meurtre à chaque coin de rue mal éclairée.

Toute cette crasse, cette ambiance sombre et menaçante, est tout de même contrebalancée de manière significative par le final très heureux et en contraste avec tout ce qui a précédé, happy end qui voit l'orphelin reconnu par son grand-père et à qui on rend sa dignité toute aristocratique. Le pittoresque de toute l'intrigue reste plutôt rugueux, on n'est pas dans l'académisme du bien ou du mal, et la vision donnée de la société industrielle entre bouffonnerie et accès horrifiques est assez intéressante dans l'œuvre de David Lean ici à ses débuts. Alec Guinness dans le rôle de Fagin fait un sacré numéro (son nez aura fait couler beaucoup d'encre), et Robert Newton est un joli représentant de la lie de l'humanité.

Un travail conséquent sur la photographie et sur la gestion des lumières et des ombres, avec beaucoup de gens qui se dissimulent derrière un muret, un rideau, une porte... Ambiance inquiétante à souhait, dénuée de tout misérabilisme, qui fait la part belle à une galerie de tronches sacrément patibulaires.

interieur.jpg, avr. 2021 rendezvous.jpg, avr. 2021

mercredi 14 avril 2021

Le Lion en hiver, de Anthony Harvey (1968)

lion_en_hiver.jpg, avr. 2021
"A king? Because you put your ass on purple cushions?"

La mise en scène donne le ton assez vite, que ce soit à travers la prédominance des intérieurs, la prolixité des dialogues et la (faible) envergure des scènes de bataille : pour raconter son histoire, Le Lion en hiver opte pour une dimension théâtrale. Le sujet médiéval est à a fois très précis et peu courant à mes yeux de mal-connaisseur : en 1183, le roi Henri II d'Angleterre songe à sa succession. Les intrigues sont denses et entremêlées dans cette chronique shakespearienne, puisqu'il sera question de sa femme Éléonore d'Aquitaine, exilée à Salisbury pour avoir comploté contre le roi, et de leurs trois enfants : Richard (futur Cœur de Lion), l'aîné héritier en droit, Jean le cadet et Geoffroy. Le roi préfère le cadet, la reine préfère l'aîné, ce qui fait de Geoffroy le dindon de la farce. Se rajoute à ces problématiques le fait que la prétendante du futur roi d'Angleterre pour des raisons politiques, Adèle de France aka Alix, est actuellement la maîtresse du roi actuel, et que le frère de cette dernière, le roi de France Philippe II, entend bien foutre le boxon au sein de la famille royale britannique en minant cette succession. Un joyeux bordel, donc.

Dans l'ordre, il y a tout de même : Peter O'Toole, Katharine Hepburn, Anthony Hopkins, John Castle, Nigel Terry, Timothy Dalton. Avec Hopkins et Dalton dans leurs tout premiers rôles, et pas des moindres : Hopkins cœur de lion la brute épaisse et Dalton le fourbe Français sont des personnages très marqués. Tout ce beau monde se retrouve à Noël pour discuter héritage et ça tournera au vinaigre, forcément. On en oublierait presque que le sapin de Noël est légèrement anachronique au XIIe siècle, en avance de 3 ou 4 siècles.

Et la guerre (à l'échelle de la famille, il y a très peu de batailles classiques ici, et celles qui sont présentées sont dérisoires) pour la succession commence très tôt dans le film, très peu de place à la courtoisie dans cette noblesse. La haine et le ressentiment tapissent les murs et semblent ne pas dater d'hier, en témoignent les joutes verbales récurrentes, les piques assassines, et les nombreuses tentatives de manipulation. Le couple royal n'est pas d'une incroyable densité psychologique au sens où il évoluera d'un mépris viscéral et réciproque (chacun essaie de mettre un bâton dans les roues de l'autre) vers un final presque apaisé, même si la résolution du conflit n'aura jamais abouti. Mais leurs personnages sont marquant par leur impétuosité, pas de doute. Un affrontement ouvertement outrancier. Sacrée saillance dans les répliques, comme celle que Hepburn adresse à O'Toole : "I could peel you like a pear and God himself would call it justice!"

otoole_hepburn.jpg, avr. 2021

mardi 13 avril 2021

La Torpille humaine, de Kihachi Okamoto (1968)

torpille_humaine.jpg, mar. 2021
Le goût de la satire

Le passage dans les rangs de l'armée (de l'air) japonaise de Kihachi Okamoto à la fin de la Seconde Guerre mondiale n'a pas dû être de tout repos, si l'on en juge la puissance dramatique et satirique du compte-rendu, même indirect, qu'il a pu en faire dans La Torpille humaine. La guerre vue par un tout jeune soldat japonais, tout en bas de l'échelle, à qui on assigne une mission suicide contre des navires de guerre américain après avoir passé une bonne partie de son entraînement à faire semblant de manipuler des armes défaillantes et des explosifs inexistants (faute de budget, en 1945, à la veille de la défaite). C'est une image qu'on n'est pas près d'oublier. Le soldat se remémore sa vie passée, par flashback, tandis qu'il dérive au milieu du Pacifique dans son baril flottant de manière très approximative, attaché à une immense torpille qu'il a pour mission d'envoyer contre l'ennemi dès qu'il se présente. Pas de chance, il lancera son engin sans succès, le propulseur ayant un défaut il coule quelques mètres plus loin. Pire : le Japon s'est déclaré vaincu 10 jours auparavant sans qu'il ait été mis au courant.

On n'en voit pas beaucoup des bizarreries de la sorte, que ce soit chez Okamoto (en dehors de ses chanbaras, on peut relever des films de guerre beaucoup plus classiques comme La Bataille d'Okinawa) ou ailleurs, comme du côté d'Ichikawa (avec notamment le diptyque de la fin des années 50 La Harpe de Birmanie et Feux dans la plaine qui s'intéresse lui aussi aux derniers jours du même conflit mondial). Le regard prend un peu plus de distance ici, relativement, on est en 1968 et les plages bondées feront leur apparition à la toute fin, pour révéler par contraste le baril abandonné du pauvre soldat — image satirique qui n'en reste pas moins glaçante dans son imagerie macabre. On sent bien que le budget n'a pas dû être illimité pour ce projet, en témoigne les conditions de production, Okamoto ayant été contraint de quitter la Tōhō pour réaliser ce film avec l'aide de beaucoup de ses proches. Mais malgré tout le caractère un peu brinquebalant par endroits de la mise en scène, avec ses compositions minimales et ses cadrages serrés, La Torpille humaine reste un moment de poésie absurde d'une originalité touchante.

Car tout de même, il faut le préciser : loin du classicisme du cinéma japonais des grands maîtres, au-delà de la présence de Tatsuya Nakadai à la narration, c'est un film plutôt loufoque dans lequel on découvre Chishû Ryû en tenancier manchot d'un magasin auquel le protagoniste rend un sacré service (il l'aide à pisser, c'est pas rien !) en échange d'un bouquin. Il faut le voir pour le croire, je n'aurais jamais parié voir un jour la légende de la génération précédente ainsi détournée en comédie... Il y a des motifs étranges de ce genre pendant tout le film, avec par exemple un embarras saugrenu partagé par de nombreux personnages à l'idée de dévoiler leur nombril, sans jamais en expliciter la raison véritable, ou encore cet enfant qui apprend ses tables de multiplication à l'aide de grenades disposées méticuleusement devant son abri. Le tableau est assez unique dans le paysage cinématographique, japonais en particulier.

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lundi 12 avril 2021

Le Bonheur, de Alexandre Medvedkine (1935)

bonheur.jpg, mar. 2021
Keaton au pays des Soviets

Le cinéma soviétique dispose de nombreuses pépites à la gloire de la paysannerie, à travers l'éloge du kolkhoze qui s'oppose vaillamment aux riches koulaks, où l'on parle de paysans, de collectivité, de nature, de la terre, de cultures vivrières, avec autant de symboles et de motifs graphiques éclatants — des enfants qui croquent des pommes à pleines dents après la mort d'un vieillard à l'ombre d'un verger, des champs de blé ou de tournesol qui ondulent sous le vent, des écrémeuses en folie, des tracteurs embarqués dans des labours circulaires... La fin des années 20 russes compte de très beaux poèmes, qui vont bien au-delà de la seule dimension propagandiste, parmi lesquels on peut citer La Ligne générale de Eisenstein, La Terre de Dovjenko, ou encore quelques séquences de Arsenal du même réalisateur.

Le Bonheur de Medvedkine, centré sur la même thématique champêtre, se distingue cependant très clairement de ce mouvement cinématographique à plusieurs titres. C'est un film muet relativement tardif, d'une part, sorti en 1935. C'est surtout un film largement atypique qui cultive son empreinte graphique caractéristique (on frôle le surréalisme onirique par moments) dans un univers étonnamment burlesque, un peu comme si Keaton s'était retrouvé au pays des Soviets. Une tonalité à tendance satirique qui cependant ne conduit pas aux mêmes excès que le burlesque révolutionnaire d'un Les Aventures extraordinaires de Mr West au pays des Bolcheviks, réalisé dix ans auparavant.

L'histoire se situe peu avant la Révolution d'Octobre et suit les pérégrinations hautement allégoriques de Khmyr, un paysan assez naïf, parti à la recherche du bonheur après avoir été chassé de chez lui en des temps difficiles. Son parcours ne sera qu'une vive succession de hauts et de bas : il trouve un sac contenant de l'argent lui permettant d'acheter un cheval et de générer d'abondantes récoltes avant de se retrouver dépossédé par un seigneur local très envieux, il veut en finir en se construisant son propre cercueil à partir du bois de sa maison mais la police ne tolère pas un tel niveau d'indépendance et l'en empêche en le punissant à coups de fouet, etc. Et le film d'enchaîner les séquences d'humour slapstick avec des volutes de fumée pour figurer une mort, avec un cheval à pois affamé sur un toit pour en manger la paille, des terrains à labourer inclinés à 45°, des tentatives de suicide à l'aide des ailes d'un moulin à vent, une armée de soldats affublés de masques tous identiques figés dans leur sidération, ainsi qu'un court passage de nudité explicite assez incroyable pour l'époque.

Les motifs issus de la culture populaire russe classique se mélangent à des manifestations d'un humour radicalement baroque pour former un film très étonnant, d'une singularité nette, mais qui subit les foudres de la censure — et ce malgré l'appréciation d'Eisenstein à l'époque. Alexandre Medvedkine ne finit pas au goulag comme d'autres artistes "déviants", mais il fallut attendre 1971 pour que Chris Marker redécouvre les bobines et se lance dans un travail de restauration. C'est pourtant un film très recommandable, doté d'une poésie drôle et attachante, penchant tour à tour du côté de la farce et du pamphlet, dépeignant un paysan soviétique à la fois flemmard et sympathique, très éloigné de tout modèle existant.

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dimanche 11 avril 2021

Le Procès de Julie Richards, de Larry Peerce (1964)

proces_de_julie_richards.png, avr. 2021
Devine qui va se marier...

Trois ans avant Devine qui vient dîner... de Stanley Kramer, et dans une autre mesure 52 ans avant Loving de Jeff Nichols (le sujet est extrêmement similaire, mais traité avec le même recul malgré la distance qui les sépare, résultat étrange), Le Procès de Julie Richards investissait en 1964 avec les moyens d'une production modeste le thème du "interracial mariage" aux États-Unis, avec tout ce que cela présuppose en matière de qu'en dira-t-on dans les entourages respectifs.

On s'arrange pour faire le portrait d'une femme divorcée irréprochable, abandonnée il y a 4 ans par son mari, qui noue une relation d'amitié avec un collègue noir qui se transformera en relation amoureuse. Sans atteindre le niveau de douceur et de pertinence de Nothing but a man sorti la même année, on peut tout de même apprécier cette façon de dépeindre la relation entre Julie et Frank, la difficulté avec laquelle elle se fera et la difficulté qui apparaîtra plus tard. Car Julie a une fille issue de son premier mariage, et son ancien mari réapparaîtra soudainement dans le paysage.

Quelques aperçus de l'état d'esprit de l'époque, où une femme devait "forcément" être prostituée pour fréquenter un homme noir dans un parc à la tombée de la nuit. Le couple, qui se mariera en luttant contre les préjugés de l'entourage, parviendra à dépasser les réticences fortes de la famille de Frank après la naissance de leur enfant. Très beau moment de réconciliation en famille, à cette occasion. Lorsque l'ancien mari réclamera la garde de l'enfant sous prétexte que la famille noire aurait une mauvaise influence, un procès débutera au tribunal. Plus que pour ses épanchements dramatiques un peu rêches, c'est davantage le sous-texte lié à la conscience sociale de cette Amérique-là qui vaut le détour, pour la transition difficile qu'elle illustrait à l'époque. Force est de constater que depuis, les choses n'ont pas autant évolué que ce qu'on aurait pu imaginer.

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