mardi 12 mai 2026

La Divine (神女, Shén nǚ), de Wu Yonggang (1934)

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"Que les ragots sont effrayants !"

Il suffit souvent d'un détail pour faire passer un film appartenant à un registre donné bien identifié du statut de énième variation peu passionnante à celui de singularité attrayante, il me semble. Le cas de La Divine se démarque du tout-venant du mélodrame muet selon deux perspectives : c'est tout d'abord une production chinoise des années 30, ce qui lui confère de facto une certaine particularité (en ce qui me concerne en tous cas !), et c'est aussi l'occasion de découvrir le charme de son actrice principale Ruan Lingyu, une figure de proue du cinéma chinois de cette époque, bien avant la révolution culturelle promue par Mao Zedong.

Il y aurait d'ailleurs tout un parallèle à détailler entre le sort du personnage interprété par Ruan, dans le film une jeune mère exploitée par un homme semi-mafieux sans scrupule et contrainte (entre autres formes de soumission) de se prostituer, et le sort de l'actrice elle-même, victime d'une campagne de dénigrement mêlant divers aspects de sa vie professionnelle et de sa vie privée qui la poussera au suicide un an seulement après la sortie du film. Dans une des lettres qu'elle laissa, adressée à la société toute entière, la conclusion résonne encore aujourd'hui : "Que les ragots sont effrayants !".

Pour le reste, le tissu narratif et les enjeux dramatiques tournent presque exclusivement autour du double statut de femme et de mère du personnage, qui souhaite plus que tout subvenir aux besoins de son jeune fils — en termes d'éducation notamment — et qui se retrouvera prisonnière d'un schéma d'exploitation tristement connu : séduite par l'activité d'une grande ville, Shanghai en l'occurrence, elle finira sur le trottoir, coincée malgré elle entre un proxénétisme machiavélique et un puritanisme sociétal. Le dilemme a beau être plutôt convenu (la prostitution comme activité secondaire permettant d'assurer son rôle premier de maman), le poids des commérages et l'humiliation du système patriarcal appuie là où ça fait mal. Aucune place à la romance dans cet environnement oppressant. Difficile de ne pas être ému par le drame déchirant qui se joue, d'autant plus que Wu Yonggang conserve une bonne part de réalisme pragmatique dans le sort de l'héroïne, agrémenté d'une mise en scène agréablement fluide.

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jeudi 07 mai 2026

La Terre jaune (黄土地, Huáng tǔdì), de Chen Kaige (1984)

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Désespoir discret et désillusions silencieuses Le tout premier film de Chen Kaige appartient à cette catégorie de cinéma lent, sobre, un peu taiseux, à combustion lente, et donc les qualités principales passent davantage par l'ambiance et la mise en scène que d'autres éléments plus classiques,  […]

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samedi 25 avril 2026

Mimosas, la voie de l'Atlas (Las Mimosas), de Óliver Laxe (2016)

mimosas_la_voie_de_l-atlas.jpg, 2026/03/24

Voyage métaphysique vers le Haut Atlas marocain On comprend mieux, en regardant Las Mimosas, d'où Óliver Laxe tient ce style et cette capacité à filmer les montagnes, la terre, les cours d'eau, et en particulier cette région de l'Atlas au sud du Maroc. Un décor qu'il a depuis repris pour le plus  […]

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lundi 13 avril 2026

Le Samouraï et le Shogun (柳生一族の陰謀, Yagyū ichizoku no inbō), de Kinji Fukasaku (1978)

samourai_et_le_shogun.jpg, 2026/03/24

Haute trahison en couleur C'est très souvent mentionné dans ce qu'on peut lire au sujet de Le Samouraï et le Shogun, mais c'est vrai qu'il y a un petit parfum de fin de cycle en matière de chanbara ici, dans un registre arrivant en quelque sorte au bout de son potentiel après 2 ou 3 décennies  […]

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mardi 07 avril 2026

La Dernière Chance (Fat City), de John Huston (1972)

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"You can count on me right down the line." La ballade country composée et interprétée par Kris Kristofferson, "Help Me Make It Through the Night", traverse le film, persiste longtemps après, et contribue discrètement à cette mélancolie tenace qui semble faire partie de sa  […]

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mercredi 01 avril 2026

A Legend or Was It? (死闘の伝説, Shitō no densetsu), de Keisuke Kinoshita (1963)

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Abus de pouvoir Premier contact électrique avec la carrière du cinéaste Keisuke Kinoshita me concernant, avec cette histoire tragique et glaçante se déroulant sur l'île d'Hokkaido pendant la Seconde Guerre mondiale. L'aperçu est aussi brutal dans la seconde moitié de ce Shito no densetsu qu'il est  […]

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jeudi 26 mars 2026

Le Chagrin et la Pitié, de Marcel Ophüls (1971)

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Casser le mythe et crever l'abcès Regarder Le Chagrin et la Pitié (1969 ou 1971, selon la diffusion considérée) sur l'occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, un documentaire réalisé par Marcel Ophüls une trentaine d'années après les événements, m'a procuré un peu  […]

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lundi 23 mars 2026

La Chute d'Otrar (Гибель Отрара, Gibel Otrara), de Ardak Amirkoulov (1991)

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Ceux qui osèrent défier Genghis Khan Le sujet suffit à lui seul à susciter une certaine fascination : La Chute d’Otrar raconte les événements du début du XIIe siècle qui ont conduit au siège et à la chute de cette ville située au sud de l'actuel Kazakhstan, alors qu'elle constituait jusque-là un  […]

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