Il suffit souvent d'un détail pour faire passer un film appartenant à un registre donné bien identifié du statut de énième variation peu passionnante à celui de singularité attrayante, il me semble. Le cas de La Divine se démarque du tout-venant du mélodrame muet selon deux perspectives : c'est tout d'abord une production chinoise des années 30, ce qui lui confère de facto une certaine particularité (en ce qui me concerne en tous cas !), et c'est aussi l'occasion de découvrir le charme de son actrice principale Ruan Lingyu, une figure de proue du cinéma chinois de cette époque, bien avant la révolution culturelle promue par Mao Zedong.
Il y aurait d'ailleurs tout un parallèle à détailler entre le sort du personnage interprété par Ruan, dans le film une jeune mère exploitée par un homme semi-mafieux sans scrupule et contrainte (entre autres formes de soumission) de se prostituer, et le sort de l'actrice elle-même, victime d'une campagne de dénigrement mêlant divers aspects de sa vie professionnelle et de sa vie privée qui la poussera au suicide un an seulement après la sortie du film. Dans une des lettres qu'elle laissa, adressée à la société toute entière, la conclusion résonne encore aujourd'hui : "Que les ragots sont effrayants !".
Pour le reste, le tissu narratif et les enjeux dramatiques tournent presque exclusivement autour du double statut de femme et de mère du personnage, qui souhaite plus que tout subvenir aux besoins de son jeune fils — en termes d'éducation notamment — et qui se retrouvera prisonnière d'un schéma d'exploitation tristement connu : séduite par l'activité d'une grande ville, Shanghai en l'occurrence, elle finira sur le trottoir, coincée malgré elle entre un proxénétisme machiavélique et un puritanisme sociétal. Le dilemme a beau être plutôt convenu (la prostitution comme activité secondaire permettant d'assurer son rôle premier de maman), le poids des commérages et l'humiliation du système patriarcal appuie là où ça fait mal. Aucune place à la romance dans cet environnement oppressant. Difficile de ne pas être ému par le drame déchirant qui se joue, d'autant plus que Wu Yonggang conserve une bonne part de réalisme pragmatique dans le sort de l'héroïne, agrémenté d'une mise en scène agréablement fluide.








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