Tout m'a agréablement surpris dans Le Balai libéré, le sujet dont j'ignorais absolument tout, la démarche de la réalisatrice Coline Grando qui brille par sa délicatesse et sa pertinence, les témoignages des femmes de ménage d'hier et du personnel de nettoyage d'aujourd'hui. Le documentaire entreprend de nombreuses choses et réussit globalement l'ensemble : d'abord, raconter l'histoire de ces femmes travaillant pour le ménage de l’Université Catholique de Louvain (UCL, à ne pas confondre avec University College London...) qui sont parvenues à créer une coopérative après avoir éjecté leur patron qui les maltraitait ; ensuite, effectuer un état des lieux 50 ans plus tard, en présentant la situation telle qu'elle a évolué depuis (l'expérience d'autogestion ayant duré 14 ans à l'époque, avant qu'un appel d’offres n'y mette fin). Et bien sûr, entre les deux, un espace d'échanges et de dialogues.
C'est un point vraiment très fort du travail de Grando, qui parvient à casser toutes les routines de ce genre de récits, réminiscences d'une expérience du passé d'un côté, chronique des difficultés du monde du travail d'aujourd'hui d'un autre. D'emblée, la documentariste expose sa propre mise en scène, des images montrent l'équipe de tournage pénétrant les lieux et initiant les témoignages individuels ou collectifs. Il sera bien évidemment question d'ouvrir une fenêtre sur un univers invisibilisé, de créer un espace politique là où on ne l'attend pas forcément. Mais au-delà des réflexions sur la solidarité entre celles et ceux qui travaillent, sur la complexité du quotidien de ces emplois précaires, et sur les affres de la hiérarchie, c'est la rencontre entre deux générations qui m'a le plus passionné. La façon qu'a le passé d'éclairer le présent, dans ce contexte, brille vraiment par son éloquence.
Le Balai libéré, du nom de la coopérative formée à l'époque, avance ainsi avec une empathie remarquable doublée d'une progression pédagogique très bien dosée, de telle sorte que le flot du discours avance dans une fluidité particulièrement agréable. On compare les expériences des années 1970 à celles d'aujourd'hui, ainsi que l'état des idéaux : incroyable comment l'ancienne génération parvient à rendre tangible l'ambiance militante et révolutionnaire qui régnait alors que la génération moderne semble relativement perdue dans sa dépolitisation (moyennant quelques soubresauts comme celui de notre présent). Le dialogue entre les deux ères balaie un spectre de thématiques assez fascinant, autour des réalités sociales, des contrastes entre fréquentation des lieux et ignorance de leur entretien, de l'hypocrisie de structures qui cherchent à ne pas s'investir dans la vigilance concernant les conditions de travail, et bien sûr de la fameuse compression des coûts pour augmenter les marges se traduisant par diverses dégradations sociales.





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