vendredi 14 mai 2021

Satan (The Penalty), de Wallace Worsley (1920)

satan.jpg, mai 2021
"Laughter burns a cripple like acid."

La filmographie de Lon Chaney, le long d'une trajectoire s'étalant à travers les années 1910 et 1920, avec la consécration du biopic L'Homme aux mille visages de Joseph Pevney retraçant sa carrière en 1957, semble structurer de manière solide tout un pan du cinéma muet tourné vers le thriller et le difforme. Dans Satan (The Penalty) il établit avec force et effroi un rôle qui caractérise son style avec vigueur, quelque part entre l'interprétation très physique et la manifestation d'une âme diabolique. Dans le prolongement de The Miracle Man, il incarne un homme devenu très jeune cul-de-jatte suite à l'inexpérience d'un chirurgien qui l'amputa par erreur des deux jambes (rien que ça), suscitant un choc psychologique tel que sa folie le propulsera au sommet de la pyramide de la pègre locale.

Bon, le scénario comporte quelques zones d'écriture assez grotesques vues d'aujourd'hui, mais à l'échelle du cinéma muet Chaney parvient à composer un rôle de méchant terrifiant et convaincant, le fameux criminel se faisant appeler Blizzard. Un cerveau malfaisant qui rivalise d'ingéniosité pour tisser les mailles d'un réseau de gangsters, comme un avant-consistant de celui qui entourera les différents épisodes du diabolique docteur Mabuse chez Fritz Lang dans les années 20, 30 et 60. Son dossier est quand même très chargé : non seulement il se fait amputer des membres inférieurs pa erreur à l'adolescence, mais en plus il projette de se venger en volant à ce chirurgien incompétent sa femme et... ses jambes, en planifiant de se les faire greffer.

Lon Chaney a vraiment la gueule parfaitement adéquate pour le rôle, au point de servir de modèle à une artiste désirant créer un buste de Satan. Il flotte dans l'atelier de la femme une atmosphère lourde, chargée de tension sexuelle et de terreur mêlées. À ses talents de maquilleur et de costumier, il faut donc ajouter un talent de contorsionniste quand on voit le rôle d'amputé dans lequel il se projette avec force — on imagine la difficulté de nombreuses scènes, avec ses jambes rabattues contre ses cuisses. Sans doute que la douleur qu'il s'infligeait aidait à composer un rôle de grand méchant encore plus hargneux, gorgé de rancune et profondément dégoûté de l'espèce humaine... La dernière bobine est malheureusement la plus ratée, avec un (presque) happy end forcé et baignant dans une morale désobligeante : s'il était méchant, c'est entièrement à cause d'une tumeur au cerveau qu'on lui a retirée (dans son sommeil, au lieu de la greffe de jambes), et il se transforme d'un coup en prince charmant doux et gentil. Mais toute l'imagerie diabolique qui entoure le protagoniste, ces passages secrets actionnés par d'ingénieux mécanismes ou ces rampes d'accès vers des pièces cachées, renverse clairement la balance.

atelier.jpg, mai 2021 couple.jpg, mai 2021 piece.jpg, mai 2021

mercredi 12 mai 2021

L'Incroyable Vérité, de Hal Hartley (1989)

incroyable_verite.jpg, avr. 2021

"The last time I took a drink, I got into a car crash and I killed a girl — That's enough to drive you to drink." Un film de Hal Hartley est reconnaissable entre mille. Alors que je n'en ai vu que deux en 10 ans, il y a peut-être imposture dans ce qui vient d'être écrit, m'enfin passons.  […]

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mardi 11 mai 2021

La Lettre écarlate, de Victor Sjöström (1926)

scarlet_letter.jpg, mai 2021

Le secret de la scarification sous la soutane Le cadre dans lequel Victor Sjöström a choisi de développer son récit a subi les assauts répétés du temps et arrive à des yeux contemporains dans une forme un peu trop désuète pour que le mélodrame prenne toute son ampleur. Le village de  […]

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lundi 10 mai 2021

Le Souffle au cœur, de Louis Malle (1971)

souffle_au_coeur.jpg, avr. 2021

Amoralité Film insaisissable, à l'échelle de la filmographie de Louis Malle (comprendre : il ne ressemble à aucun autre parmi ceux que j'ai vus pour l'instant) autant que de manière plus générale, sur le thème de l'adolescence, du rapport fusionnel à la mère, et du rapport à la sexualité dans une  […]

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vendredi 07 mai 2021

The Queen of Versailles, de Lauren Greenfield (2012)

queen_of_versailles.jpg, mai 2021

"Everyone wants to be rich." Un sujet en or massif. Lauren Greenfield avait initialement conçu The Queen of Versailles comme une sorte de télé-réalité en immersion chez un richissime promoteur immobilier marié à une ex-top model largement siliconée, symbole absolu de la réussite  […]

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jeudi 06 mai 2021

Le Suspect, de Robert Siodmak (1944)

suspect.jpg, avr. 2021

Laughton : "Well, a chap my age has the right to a few peculiarities." Joli tableau de chasse en matière de films noirs pour Robert Siodmak, auquel j'ajoute donc Le Suspect, un spécimen qui tendrait plutôt vers le mineur et l'exercice de style un peu trop conceptuel pour convaincre tout à  […]

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lundi 03 mai 2021

Passeport pour Pimlico, de Henry Cornelius (1949)

passport_pour_pimlico.jpg, avr. 2021

"You can't push English people around like sacks of potatoes." Intéressant objet d'analyse que ces Ealing Studios, un jalon important du cinéma britannique des années 40 et 50 spécialisé dans la comédie loufoque mais qui ne s'est pas cantonné à ce seul genre, en témoigne l'excellent et  […]

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mercredi 28 avril 2021

Ève a commencé, de Henry Koster (1941)

eve_a_commence.jpg, avr. 2021

Laughton, Laughton, Laughton Il serait presque mensonger de dire que Ève a commencé vaut le détour pour autre chose que la prestation qu'y donne Charles Laughton, tant il phagocyte absolument tout sur son passage, que ce soit ce pauvre Robert Cummings en manque de charisme ou la beaucoup plus  […]

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lundi 26 avril 2021

F.U. “Don’t Take It Personal”, de Fu‐Schnickens (1992)

fu_dont_take_it_personal.jpg, avr. 2021

Bon, on ne va pas se mentir, l'album vaut avant tout le détour pour ce morceau génial qu'est La Schmoove. Le reste est un peu trop hétérogène et manque de nervosité (de ce point de vue-là, le suivant Nervous Breakdown sera meilleur) pour convaincre le non-érudit que je suis en la matière, mais dans  […]

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dimanche 25 avril 2021

High School, de Frederick Wiseman (1968)

high_school.jpg, avr. 2021

"We’re out to establish that you can be a man and that you can take orders." Le sujet : un lycée américain à la très bonne réputation, à la fin des années 60. La démarche : poser la caméra dans un coin, se fondre dans le paysage et observer patiemment. La distance : jamais intrusive,  […]

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