mercredi 18 mars 2026

Stranger Eyes (默視錄, Mò shì lù), de Yeo Siew Hua (2024)

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Regards perdus

Derrière la façade de son histoire de kidnapping en plein Singapour laissant deux jeunes parents désemparés, Stranger Eyes cultive plusieurs autres thématiques qui revêtent une importance de premier plan, à tel point qu'elle finissent par faire de la disparition de l'enfant un détail de scénario tout à fait secondaire. Qui aura vu son précédent Les Étendues imaginaires ne sera pas du tout dépaysé par le style développé par Yeo Siew Hua ici, réalisateur et scénariste, avec son ambiance baignant dans un mystère très épais qui n'égale toutefois pas du tout le niveau d'onirisme de 2018.

Les premières images donnent le ton : film dans le film, on regarde Tara regarder des vidéos personnelles montrant la famille heureuse, plusieurs mois avant le drame, avant que leur fille ne soit vraisemblablement enlevée, tandis que Darren la surveillait dans un parc. C'est le premier sous-texte irriguant le film avec autant de densité que les caméras de vidéosurveillance dans les rues de Singapour : l'omniprésence des écrans, des images, des points de connexion et des moyens de surveillance. Rien de fondamentalement explicite au sens où ces particularités ne sont jamais verbalisées, mais le niveau de suggestion est tellement poussé que ça en devient un thème trivial. Yeo s'engage dans des considérations pas vraiment originales, mais pas trop mal menées, autour de l'obsession : obsession des parents pour (les images de) leur enfant, obsession du spectateur pour les images du film afin d'y voir plus clair, etc. En brouillant légèrement les frontières entre vérité et mensonge, présent et passé, voyeur et sa cible, la profusion d'images en continu finit par produire un paradoxe, tout le monde voit tout le monde, mais il n'y a plus personne pour se regarder.

Il en découle une inversion des regards notamment entre Darren et le voyeur, Goh (interprété par Lee Kang-Sheng, l'acteur fétiche de Tsai Ming-Liang, excellent dans le registre de l'inexpressivité tantôt menaçante tantôt mélancolique), avec une permutation du point de vue au milieu du film provoquant une imbrication plutôt élégante des deux versions. Au final, il s'agit presque davantage de solitudes irréconciliables au creux d'un monde où chacun ne voit plus que ce qui l'arrange chez les autres, en bien ou en mal. Cet état de surveillance conduit à la révélation de secrets qu'on aurait préféré ne jamais voir éventés, avec pour conséquence des malentendus, des ruptures, des frustrations. Yeo donne l'impression de citer presque explicitement des références comme Hitchcock via Fenêtre sur cour (l'observation récurrente de l'immeuble d'en face avec des jumelles) et Haneke via Caché (la réception de cassettes / disques montrant des images de personnages filmés leur insu). Si Stranger Eyes avait su tempérer les longueurs de sa mise en scène, le propos ambivalent sur la compassion et le désespoir s'en serait trouvé totalement décuplé.

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samedi 07 mars 2026

La Sentinelle, de Arnaud Desplechin (1992)

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Étude de tête Aux origines de la carrière d'Arnaud Desplechin, on peut donc trouver ce curieux premier long-métrage étrangement hybride, contenant des maladresses assez classiques en matière de premières expérimentations, mais mêlant habilement des registres aussi disparates que la chronique d'une  […]

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mercredi 04 mars 2026

Left-Handed Girl (左撇子女孩, Zuopiezi nuhai), de Shih-Ching Tsou (2025)

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Taipei Story Le duo de scénaristes Shih-Ching Tsou et Sean Baker avait déjà collaboré au début des années 2000 en co-écrivant et co-réalisant Take Out, chronique du quotidien d'un immigré new-yorkais chinois travaillant comme livreur de repas dans des conditions précaires, sujet à divers problèmes  […]

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samedi 28 février 2026

L’Attestation — Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020, de Théo Boulakia et Nicolas Mariot (2023)

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Se souvenir de cette parenthèse d'auto-autorisation et d'obéissance de masse Le confinement du printemps 2020 que l'on a tous connu au début de la pandémie constitue une expérience sociale d'une ampleur aussi conséquente que la diversité des analyses sociologiques que l'on pourrait conduire sur des  […]

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lundi 16 février 2026

À 2000 mètres d'Andriivka (2000 метрів до Андріївки, 2000 metrіv do Andrіїvki), de Mstyslav Tchernov (2025)

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Horreur et trivialité de la contre-offensive L'autre film de Mstyslav Chernov, 20 Jours à Marioupol, chronique d'un hôpital croulant sous les morts et les blessés en période de siège en 2022, m'avait moyennement convaincu, la faute à un déficit d'enjeux cinématographique sur le plan de la  […]

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jeudi 12 février 2026

Walker Evans, Dorothea Lange & les photographes de la Grande Dépression, de Thierry Grillet (2017)

walker_evans_dorothea_lange.jpg, 2026/02/08

Les racines de la colère Excellente compilation photographique du début du XXe siècle, essentiellement focalisée autour des années 1930 états-unienne et de la Grande Dépression. Tout est maîtrisé dans cet ouvrage supervisé par Thierry Grillet : le format (presque carré, autour de 30 cm) rend  […]

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mercredi 04 février 2026

Robot Stories, de Greg Pak (2003)

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Réflexions robotiques Exercice de style baroque, très typé cinéma indépendant états-unien des années 2000, confectionné à partir de bouts de ficelles mais débouchant sur une anthologie plutôt honorable sur des thématiques de science-fiction ayant trait de près ou de loin aux robots. Un film composé  […]

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lundi 02 février 2026

Love (Women in Love), de Ken Russell (1969)

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"There's a lust for passion and a greed for self-importance in love." Très curieux et intéressant film de début de carrière de Ken Russell, tout comme à peu près tout ce qu'a pu réaliser le cinéaste britannique au demeurant, invariablement original et intrigant à défaut de convaincre  […]

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