Le côté extrêmement calibré de The Last Detail aka "La Dernière Corvée" constitue autant la base de son charme que les contours de ses limitations. Cinquante ans plus tard, il flatte parfaitement l'image que l'on peut avoir du Nouvel Hollywood, et ce notamment au travers de la figure emblématique de l'antihéros contestataire interprété par Jack Nicholson : pas encore au sommet de sa gloire, il incarne aux côtés de Otis Young un sous-officier de l'US Navy peu avare en réquisitoires orduriers, avec un penchant pour les colères de l'espace et la remise en question des ordres de l'armée. Il se fera un malin plaisir de déroger à la mission qu'on leur a confiée, à savoir convoyer un troisième marin (Randy Quaid) jusqu'à une prison militaire, en jouant avec les règles officielles et les délais impartis, afin de faire connaître à ce futur prisonnier de 18 ans quelques moments de bonheur avant l'enfermement pour une dizaine d'années.
C'est donc sans surprise que la mission se transforme en road movie à travers la nation états-unienne, outil narratif presque constitutif du registre cinématographique. Hal Ashby multipliera à ce titre les voyages allers et retours, les transports en commun, les séquences en bus ou en train. D'emblée on est acquis à leur cause : c'est un peu facile, mais les responsables hiérarchiques de l'armée sont tous dépeints comme des êtres peu aimables, et l'institution elle-même fait figure de carcan rigide dont les deux protagonistes s'écartent pour prendre un second souffle. La personne qu'ils doivent escorter en prison se révèle en outre totalement éloigné de l'image du grand bandit, puisqu'on a affaire à un grand dadais assez inoffensif, plutôt doux et inexpérimenté, avec simplement une tendance à la kleptomanie — il est accusé d'avoir essayé de voler l'argent d'une œuvre de bienfaisance organisée par la femme de l’amiral, mauvaise pioche, 40 dollars qu'il n'aura même pas touchés.
Forcément les 8 années de prison promises à Quaid pour ce délit mineur contrastent beaucoup avec son visage poupin tout doux vissé en haut de ses deux mètres tranquilles. Chronique d'une ultime virée, donc, au travers d'un continent peuplé de marginaux vivant le plus loin possible de toute forme d'autorité. Largement de quoi sceller une amitié avec les plaisirs de l'époque et du lieu — grosse murge à la canette, petit cheeseburger dans un diner, dépucelage maladroit dans un bordel, barbecue par -20°, etc. — au creux d'un voyage initiatique sur mesure pour profiter des derniers instants de liberté. Mais la gueule de bois sera tout aussi conséquente, avec son gros shoot de désillusion dans les dernières minutes.










Dernières interactions
Non non, c'est en totale connaissance de cause haha, et ce en ayant résisté…
08/07/2026, 21:38
tu t'es fait enfler par tes influenceurs habituels (surtout si tu penses ne pas…
08/07/2026, 21:07
Franchement, je comprends. Je me laisse emporter par un petit vent…
08/07/2026, 15:05
Franchement j'ai essayé moi aussi de m'intéresser aux saucisses de poitrine pour…
08/07/2026, 14:04
Avec quelques années de décalage... j'ai enfin posé les yeux sur "Les…
03/06/2026, 16:14
@iakoi iaksa Je suis tombé sur Hundreds of Beavers, gros OVNI en effet hahahaha.…
27/04/2026, 21:28