Je me suis littéralement jeté sur ce film après avoir découvert Ruan Lingyu dans La Divine, sa dernière interprétation avant son suicide en 1935, un personnage particulièrement attachant parfois qualifiée de Garbo du cinéma muet chinois. Agréable surprise que de tomber sur une telle œuvre hybride, avançant de loin comme un biopic sur l'artiste défunte, mais dissimulant en réalité une structure extrêmement originale et stimulante. Stanley Kwan ne suit en effet aucune chronologie, aucune ligne narrative attendue : il place Maggie Cheung au centre d'un dispositif particulièrement singulier (à défaut d'être réussi et pertinent dans toutes ses tentatives, à mes yeux) qui alternera sans cesse, pendant plus de 2h30, entre passé et présent, entre documentaire et fiction, entre photos et séquences animées, et bien sûr entre Cheung et Ruan.
Center Stage impose par son hétérogénéité et son absence de parcours simple une attention constante, et cela pourra rebuter étant donné le niveau de gratification pas toujours acceptable. Mais parmi les choses sûres, on pourra apprécier la contextualisation de l'accession à la célébrité de cette première star du cinéma chinois dès l'âge de 16 ans, et ce jusqu'à sa mort après une campagne de dénigrement de la part de la presse à scandale — que l'on pourrait aujourd'hui relier à sa volonté avant-gardiste d'indépendance et d'émancipation féminine. Le film joue habilement des deux figures féminines qui se superposent, ainsi que d'un personnage interprété par Tony Leung Ka-fai, et insère de vraies fausses (on ne sait pas toujours) séquences de discussion au sein de l'équipe de tournage (du film de 1991).
Pas toujours évident de se positionner par rapport aux oscillations entre académisme et audace, avec typiquement de nombreuses séquences dédiées à la reconstitution de telle ou telle scène de tel ou tel film. Où l'on apprend, d'ailleurs, à la faveur de nombreuses inscriptions, que la majorité des films dans lesquels Ruan Lingyu a joué avait disparu à l'époque de la sortie. Le film joue un peu trop des effets de type ellipse, passage du noir et blanc à la couleur, et paradoxalement perd un peu en intensité en travaillant la reconstitution de la vie de l'actrice. La réflexion sur le cinéma ne se révèle pas aussi riche que ce qu'on aurait pu penser, en dépit de la puissance évocatrice de certains plans. Mais reste intéressant pour l'aperçu de l'histoire du cinéma chinois et pour la réflexion sur le statut d'artiste.









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