lundi 17 mai 2021

Norma Rae, de Martin Ritt (1979)

norma_rae.jpg, avr. 2021
Femme de combats

La filmographie de Martin Ritt est décidément un très bon filon à suivre, comme le montre cet excellent film américain (la précision est importante, étant donné le thème) sur la classe ouvrière, réalisé en fin de carrière, à la fin de la période du Nouvel Hollywood. Un an après le jalon Blue Collar posé par Paul Schrader et focalisé sur les ouvriers d'une usine de voitures de Detroit, un an également après FIST de Norman Jewison qui mettait en scène Sylvester Stallone dans le rôle d'un manutentionnaire de Cleveland à l'origine d'un mouvement syndical, c'est au tour de l'histoire de la syndicaliste Crystal Lee Sutton d'être transcrite à l'écran, sous les traits de l'incroyable et émouvante Sally Field, pour raconter le combat de cette ouvrière de l'industrie du textile en Caroline du Nord aux côtés d'un syndicaliste new-yorkais venu dans le coin pour impulser, non sans résistance, le mouvement. Un trio remarquable du cinéma américain qui tient sur moins de deux ans, à la fin des années 70.

La description de la condition de la femme dans Norma Rae passerait presque avant tout le reste : c'est une femme divorcée, mère de deux enfants, une ouvrière du textile dans une usine qui a vu passer ses parents, probablement ses grands-parents, et qui emploiera sans doute ses enfants. Une industrie dans une petite ville du Sud des États-Unis dont la main d'œuvre est majoritairement féminine, faisant du combat de Norma Rae quelque chose qui progressera de l'individuel au collectif. Tout sauf une exception, en somme. Assez vite dans le film, les conditions de vie de la protagoniste apparaissent comme très difficiles, partagées entre sa vie professionnelle, syndicale, familiale, sentimentale. Elle jongle entre tous les registres et pèse sur tous les tableaux : comme elle est grande gueule, elle ne se laisse pas facilement marcher sur les pieds.

On peut regretter certaines facilités d'écriture, au sens où la progression de l'adhésion syndicale se fait un peu trop facilement en regard du caractère effarouché de Norma Rae. Mais en un sens la dimension vraisemblable (ou non) de cette partie-là importe peu car ce n'est pas vraiment l'objet du film, davantage tourné vers la construction d'un désir, qu'il soit sentimental ou politique. Le contexte social est bien ancré, du côté de la famille comme du côté des relations hiérarchiques au travail — avec tous ses rapports de subordination. Ritt évite toute condescendance, tout manichéisme, il garde à bonne distance les archétypes du genre pour établir des portraits contrastés tout en nuances. Il n'y a pas de héros ici, et l'ouvrière militante tout comme l'intellectuel juif sont dépeint avec toutes leurs faiblesses.

Le travail sur le son est particulièrement notable, aussi, avec le bruit assourdissant qui émane des machines dans l'atelier de tissage : un aperçu des conditions de travail imposées aux ouvriers, mais aussi l'occasion d'une très belle scène (tirée d'un épisode bien réel) lorsque ces mêmes machines seront arrêtées une à une. Un film sur la naissance du syndicalisme dans un petit coin de campagne, en parallèle d'une prise de conscience presque malgré elle chez Norma Rae, avec toute la lenteur du phénomène, tous les obstacles qui se dressent sur son chemin. Dans ces moments-là, particulièrement sobres, Martin Ritt lorgne presque du côté du documentaire : il filme les gestes du travail, les temps de pause, les espaces entre ateliers et bureaux des supérieurs, la devanture de l'usine. Pas de morale, pas de mièvrerie, pas même de sentimentalisme entre les deux protagonistes : seulement une très belle histoire d'amitié entre deux êtres qui correspondaient à l'origine à deux archétypes relativement opposés.

medecin.jpg, avr. 2021 usine.jpg, avr. 2021 livre.jpg, avr. 2021

vendredi 14 mai 2021

Satan (The Penalty), de Wallace Worsley (1920)

satan.jpg, mai 2021

"Laughter burns a cripple like acid." La filmographie de Lon Chaney, le long d'une trajectoire s'étalant à travers les années 1910 et 1920, avec la consécration du biopic L'Homme aux mille visages de Joseph Pevney retraçant sa carrière en 1957, semble structurer de manière solide tout un  […]

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mercredi 12 mai 2021

L'Incroyable Vérité, de Hal Hartley (1989)

incroyable_verite.jpg, avr. 2021

"The last time I took a drink, I got into a car crash and I killed a girl — That's enough to drive you to drink." Un film de Hal Hartley est reconnaissable entre mille. Alors que je n'en ai vu que deux en 10 ans, il y a peut-être imposture dans ce qui vient d'être écrit, m'enfin passons.  […]

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mardi 11 mai 2021

La Lettre écarlate, de Victor Sjöström (1926)

scarlet_letter.jpg, mai 2021

Le secret de la scarification sous la soutane Le cadre dans lequel Victor Sjöström a choisi de développer son récit a subi les assauts répétés du temps et arrive à des yeux contemporains dans une forme un peu trop désuète pour que le mélodrame prenne toute son ampleur. Le village de  […]

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lundi 10 mai 2021

Le Souffle au cœur, de Louis Malle (1971)

souffle_au_coeur.jpg, avr. 2021

Amoralité Film insaisissable, à l'échelle de la filmographie de Louis Malle (comprendre : il ne ressemble à aucun autre parmi ceux que j'ai vus pour l'instant) autant que de manière plus générale, sur le thème de l'adolescence, du rapport fusionnel à la mère, et du rapport à la sexualité dans une  […]

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vendredi 07 mai 2021

The Queen of Versailles, de Lauren Greenfield (2012)

queen_of_versailles.jpg, mai 2021

"Everyone wants to be rich." Un sujet en or massif. Lauren Greenfield avait initialement conçu The Queen of Versailles comme une sorte de télé-réalité en immersion chez un richissime promoteur immobilier marié à une ex-top model largement siliconée, symbole absolu de la réussite  […]

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jeudi 06 mai 2021

Le Suspect, de Robert Siodmak (1944)

suspect.jpg, avr. 2021

Laughton : "Well, a chap my age has the right to a few peculiarities." Joli tableau de chasse en matière de films noirs pour Robert Siodmak, auquel j'ajoute donc Le Suspect, un spécimen qui tendrait plutôt vers le mineur et l'exercice de style un peu trop conceptuel pour convaincre tout à  […]

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lundi 03 mai 2021

Passeport pour Pimlico, de Henry Cornelius (1949)

passport_pour_pimlico.jpg, avr. 2021

"You can't push English people around like sacks of potatoes." Intéressant objet d'analyse que ces Ealing Studios, un jalon important du cinéma britannique des années 40 et 50 spécialisé dans la comédie loufoque mais qui ne s'est pas cantonné à ce seul genre, en témoigne l'excellent et  […]

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mercredi 28 avril 2021

Ève a commencé, de Henry Koster (1941)

eve_a_commence.jpg, avr. 2021

Laughton, Laughton, Laughton Il serait presque mensonger de dire que Ève a commencé vaut le détour pour autre chose que la prestation qu'y donne Charles Laughton, tant il phagocyte absolument tout sur son passage, que ce soit ce pauvre Robert Cummings en manque de charisme ou la beaucoup plus  […]

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lundi 26 avril 2021

F.U. “Don’t Take It Personal”, de Fu‐Schnickens (1992)

fu_dont_take_it_personal.jpg, avr. 2021

Bon, on ne va pas se mentir, l'album vaut avant tout le détour pour ce morceau génial qu'est La Schmoove. Le reste est un peu trop hétérogène et manque de nervosité (de ce point de vue-là, le suivant Nervous Breakdown sera meilleur) pour convaincre le non-érudit que je suis en la matière, mais dans  […]

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