jeudi 07 mai 2026

La Terre jaune (黄土地, Huáng tǔdì), de Chen Kaige (1984)

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Désespoir discret et désillusions silencieuses

Le tout premier film de Chen Kaige appartient à cette catégorie de cinéma lent, sobre, un peu taiseux, à combustion lente, et donc les qualités principales passent davantage par l'ambiance et la mise en scène que d'autres éléments plus classiques, dialogues, scénario, etc. Le geste scénaristique est d'ailleurs relativement restreint : une poignée de personnages seulement, avec un soldat communiste envoyé à la fin des années 30 dans la campagne chinoise située au nord du pays, dans le but de recueillir des chants traditionnels (à des fins de propagande), et où il fera la rencontre d'une jeune adolescente vivant avec son frère et son père agriculteur. Le contexte se trouve tout entier contenu ici — on est en pleine seconde guerre sino-japonaise (1937 à 1945), même si le conflit restera totalement enfoui dans l'arrière-plan, et la mission du soldat dans la province du Shaanxi est très clairement reliée à la révolution en cours.

Pourtant, le sujet se trouve ailleurs. C'est dans un tout premier temps l'environnement géographique qui frappe, ces terres peu fertiles qui envahissent absolument tout l'écran la plupart du temps, et que les paysans essaient tant bien que mal de fertiliser, de labourer, d'ensemencer. Ces territoires semi-désertiques sont très marquants, que ce soit du côté des champs qui entourent la maison familiale ou de celui du chemin que la jeune Cuiqiao doit réaliser plusieurs fois par jour pour aller chercher de l'eau à la rivière située à quelques kilomètres. C'est à Zhang Yimou qu'on doit tout ce travail de chef opérateur. Après avoir épousé le quotidien de ce noyau familial, on apprend la problématique principale puisqu'au détour d'une conversation, le père précise au soldat qu'il a promis sa fille en mariage à une homme dont elle n'a jamais entendu parler.

Point de départ d'une conversation au long cours entre le soldat et la famille (le père et la fille principalement, le garçon souffrant de problèmes d'expression orale), ce dernier évoquant à Cuiqiao le fait que les femmes sont libres de choisir leur mari dans d'autres pays et que même dans certaines provinces chinoises, ces pratiques de mariages arrangés sont considérées comme désuètes et rétrogrades. Ce à quoi le père répondra que les pratiques fonctionnent comme elles fonctionnent dans ce coin rural de Chine. Des promesses sont formulées, notamment une sorte de pacte de sauvetage entre le soldat et la fille, mais le jour du mariage, elle se retrouvera bien seule. Et c'est à ce titre que la dernière partie se drape d'un voile très mélancolique, à l'amertume prononcée et renforcée par les paroles des chants traditionnels qui reviennent régulièrement. Beau portrait du désespoir discret et des désillusions silencieuses.

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samedi 25 avril 2026

Mimosas, la voie de l'Atlas (Las Mimosas), de Óliver Laxe (2016)

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Voyage métaphysique vers le Haut Atlas marocain On comprend mieux, en regardant Las Mimosas, d'où Óliver Laxe tient ce style et cette capacité à filmer les montagnes, la terre, les cours d'eau, et en particulier cette région de l'Atlas au sud du Maroc. Un décor qu'il a depuis repris pour le plus  […]

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lundi 13 avril 2026

Le Samouraï et le Shogun (柳生一族の陰謀, Yagyū ichizoku no inbō), de Kinji Fukasaku (1978)

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Haute trahison en couleur C'est très souvent mentionné dans ce qu'on peut lire au sujet de Le Samouraï et le Shogun, mais c'est vrai qu'il y a un petit parfum de fin de cycle en matière de chanbara ici, dans un registre arrivant en quelque sorte au bout de son potentiel après 2 ou 3 décennies  […]

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mardi 07 avril 2026

La Dernière Chance (Fat City), de John Huston (1972)

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"You can count on me right down the line." La ballade country composée et interprétée par Kris Kristofferson, "Help Me Make It Through the Night", traverse le film, persiste longtemps après, et contribue discrètement à cette mélancolie tenace qui semble faire partie de sa  […]

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mercredi 01 avril 2026

A Legend or Was It? (死闘の伝説, Shitō no densetsu), de Keisuke Kinoshita (1963)

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Abus de pouvoir Premier contact électrique avec la carrière du cinéaste Keisuke Kinoshita me concernant, avec cette histoire tragique et glaçante se déroulant sur l'île d'Hokkaido pendant la Seconde Guerre mondiale. L'aperçu est aussi brutal dans la seconde moitié de ce Shito no densetsu qu'il est  […]

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jeudi 26 mars 2026

Le Chagrin et la Pitié, de Marcel Ophüls (1971)

chagrin_et_la_pitie.jpg, 2026/02/04

Casser le mythe et crever l'abcès Regarder Le Chagrin et la Pitié (1969 ou 1971, selon la diffusion considérée) sur l'occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, un documentaire réalisé par Marcel Ophüls une trentaine d'années après les événements, m'a procuré un peu  […]

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lundi 23 mars 2026

La Chute d'Otrar (Гибель Отрара, Gibel Otrara), de Ardak Amirkoulov (1991)

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Ceux qui osèrent défier Genghis Khan Le sujet suffit à lui seul à susciter une certaine fascination : La Chute d’Otrar raconte les événements du début du XIIe siècle qui ont conduit au siège et à la chute de cette ville située au sud de l'actuel Kazakhstan, alors qu'elle constituait jusque-là un  […]

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mercredi 18 mars 2026

Stranger Eyes (默視錄, Mò shì lù), de Yeo Siew Hua (2024)

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Regards perdus Derrière la façade de son histoire de kidnapping en plein Singapour laissant deux jeunes parents désemparés, Stranger Eyes cultive plusieurs autres thématiques qui revêtent une importance de premier plan, à tel point qu'elle finissent par faire de la disparition de l'enfant un détail  […]

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