mercredi 04 mars 2026

Left-Handed Girl (左撇子女孩, Zuopiezi nuhai), de Shih-Ching Tsou (2025)

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Taipei Story

Le duo de scénaristes Shih-Ching Tsou et Sean Baker avait déjà collaboré au début des années 2000 en co-écrivant et co-réalisant Take Out, chronique du quotidien d'un immigré new-yorkais chinois travaillant comme livreur de repas dans des conditions précaires, sujet à divers problèmes financiers d'ampleurs très disparates. C'était l'occasion de constater le talent des deux à l'écriture d'un scénario agréablement cohérent, attentif aux détails, immersif, et souffrant seulement de quelques partis pris esthétiques — cette omniprésence de la longue focale et des plans serrés reste encore prédominante longtemps après le visionnage. Baker et Tsou se retrouvent à l'écriture pour Left-Handed Girl, réalisé cette fois-ci par la cinéaste à la double nationalité états-unienne et taïwanaise, récit d'une famille de Taipei luttant pour préserver un minimum de cohésion.

Derrière ce triple portrait féminin de la débrouille (une mère célibataire et ses deux filles), c'est un peu comme si on s'invitait dans le cinéma de Hirokazu Kore-eda tendance Nobody Knows revisité à l'aune de celui de Edward Yang — à titre personnel, j'ai régulièrement pensé à son bouleversant Yi Yi, et ce bien au-delà du parallèle évident entre les deux protagonistes enfants de moins de dix ans, Jonathan Chang dans le rôle de Yang-Yang dans ce dernier, et Ma Shih-yuan dans celui de la petite I-ann ici. Beaucoup de débrouille pour survivre financièrement dans la capitale taïwanaise, la mère (Shu-fen jouée par Janel Tsai) tenant un stand de nourriture au cœur des marchés de nuit de la ville, et la fille la plus âgée (I-jing, interprétée par Nina Ye) ayant dû quitter l'école de manière prématurée pour travailler de son côté dans la vente de noix de bétel. Toute une partie de la famille semble impliquée dans différents bidouillages, que ce soit la grand-mère avec du trafic international et la petite dernière persuadée à cause des remarques de son grand-père que sa main gauche est la main du diable (on craint l'espace d'un instant de se retrouver dans l'abominable navet d'Oliver Stone La Main du cauchemar, avec Michael Caine possédé par sa main coupée) — avec pour conséquence aussi drôle qu'imprévue la naissance d'une cleptomanie enfantine. En opposition, l'autre partie de la fratrie (de la mère) composée d'un frère et de deux autres sœurs semble appartenir à une classe beaucoup plus aisée, très éloignée des problématiques économiques que connaissent les trois protagonistes féminines.

Left-Handed Girl s'illustre à ce titre par la clarté de son écriture qui parvient à éviter beaucoup des écueils des drames familiaux classiques, en prenant soin de laisser à bonne distance les clichés et les excès habituels — si l'on omet toutefois une des dernières séquences, lors d'un repas d'anniversaire qui sera le théâtre de révélations intimes détonnant avec le reste en termes de finesse, qui n'ajoute pas énormément au tableau esquissé jusque-là. Un rebondissement qui permet a minima de lire différemment quelques scènes qui précèdent, éclairant d'une lumière nouvelle les relations entre les deux sœurs, l'adolescente et l'enfant. C'est en outre un film qui retranscrit particulièrement bien l'ambiance des célèbres marchés de nuit de Taipei, élément caractéristique de la culture locale, avec ses néons aveuglants, ses stands denses, ses ruelles étroites qui s'en échappent un peu partout. Les trois personnages féminins principaux révèlent en outre trois portraits intéressants, teintés d'émotions propres, soumis à des injonctions spécifiques : la mère et la gestion épineuse du foyer tandis que son ex-mari se trouve en soins palliatifs, l'adolescente et le dur apprentissage de l'indépendance, l'enfant et le bain de péripéties qui infusent durablement sur son comportement.

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samedi 28 février 2026

L’Attestation — Une expérience d’obéissance de masse, printemps 2020, de Théo Boulakia et Nicolas Mariot (2023)

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Se souvenir de cette parenthèse d'auto-autorisation et d'obéissance de masse Le confinement du printemps 2020 que l'on a tous connu au début de la pandémie constitue une expérience sociale d'une ampleur aussi conséquente que la diversité des analyses sociologiques que l'on pourrait conduire sur des  […]

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lundi 16 février 2026

À 2000 mètres d'Andriivka (2000 метрів до Андріївки, 2000 metrіv do Andrіїvki), de Mstyslav Tchernov (2025)

a_2000_metres_dandriivka.jpg, 2026/01/06

Horreur et trivialité de la contre-offensive L'autre film de Mstyslav Chernov, 20 Jours à Marioupol, chronique d'un hôpital croulant sous les morts et les blessés en période de siège en 2022, m'avait moyennement convaincu, la faute à un déficit d'enjeux cinématographique sur le plan de la  […]

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jeudi 12 février 2026

Walker Evans, Dorothea Lange & les photographes de la Grande Dépression, de Thierry Grillet (2017)

walker_evans_dorothea_lange.jpg, 2026/02/08

Les racines de la colère Excellente compilation photographique du début du XXe siècle, essentiellement focalisée autour des années 1930 états-unienne et de la Grande Dépression. Tout est maîtrisé dans cet ouvrage supervisé par Thierry Grillet : le format (presque carré, autour de 30 cm) rend  […]

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mercredi 04 février 2026

Robot Stories, de Greg Pak (2003)

robot_stories.jpg, 2026/01/19

Réflexions robotiques Exercice de style baroque, très typé cinéma indépendant états-unien des années 2000, confectionné à partir de bouts de ficelles mais débouchant sur une anthologie plutôt honorable sur des thématiques de science-fiction ayant trait de près ou de loin aux robots. Un film composé  […]

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lundi 02 février 2026

Love (Women in Love), de Ken Russell (1969)

love.jpg, 2026/01/06

"There's a lust for passion and a greed for self-importance in love." Très curieux et intéressant film de début de carrière de Ken Russell, tout comme à peu près tout ce qu'a pu réaliser le cinéaste britannique au demeurant, invariablement original et intrigant à défaut de convaincre  […]

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samedi 31 janvier 2026

The Movie Orgy, de Joe Dante (1968)

movie_orgy.jpg, 2026/01/06

Orgie de bisseries 50s On est vraiment plus proche du délire potache d'étudiants que du long-métrage original à proprement parler, étant donné que The Movie Orgy se présente comme un travail de montage conséquent, agrégeant des centaines de films, publicités, émissions, cartoons et autres produits  […]

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mercredi 28 janvier 2026

Lamps, de Lamps (2007)

lamps.jpg, 2025/01/29

Le futur groupe de Denée Segall enregistré chez Jay Reatard Un bon moment de Garage Punk made in Los Angeles, parfaitement conforme à ce qui est annoncé : enregistrement bien garage, esprit bien punk. Des morceaux assez courts en moyenne, autour de deux minutes, avec une ambiance très Noise  […]

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